Avec l'effondrement de l'empire romain, la culture latine se réfugie dans les monastères. Chaque monastère se voit doté d’un atelier de copie : le scriptorium. Les moines y reproduisent et illustrent les textes religieux, mais aussi les textes profanes de l'Antiquité nécessaires à la bonne connaissance du latin, indispensable pour lire la Bible. Les Carolingiens vont s'appuyer sur ce réseau monastique pour asseoir leur pouvoir et favoriser le développement des lettres et des arts : un même texte biblique, une même liturgie dans tout l'empire, une nouvelle écriture, une école dans chaque monastère ou évêché…, toute la politique religieuse et culturelle de Charlemagne repose sur le livre.
Encore rare à l'époque, le livre se présente sous une forme qui s'est imposée au IVe siècle : des cahiers de parchemin cousus ensemble et protégés par une couverture.
De la fabrication du parchemin à la reliure, toute la chaîne de production du manuscrit est assurée dans les monastères. Au sein des plus grands scriptoria, l'activité commence à se spécialiser : le scribe se distingue parfois de l'enlumineur, des laïcs sont appelés pour transcrire certains textes profanes et des chefs d'ateliers viennent encadrer des équipes plus nombreuses. À côté de la copie rigoureuse du texte s'élaborent des programmes iconographiques dans lesquels la figuration fait un retour en force. Les modèles s'échangent entre ateliers, les artistes circulent d'abbaye en abbaye. L’activité des nombreux scriptoria disséminés dans tout l’Empire concourt à une augmentation sans précédent de la production livresque, qu'elle soit luxueuse ou plus courante.
Les moines copient d'abord les textes nécessaires à leur communauté, principalement la Bible, le Livre par excellence, les textes des Pères de l'Église destinés à nourrir leur méditation et les recueils permettant de célébrer les offices : sacramentaires, évangéliaires, lectionnaires. Au-delà des monastères, les scriptoria les plus importants fournissent des copies somptueuses aux princes et aux églises. Pour être dignes de la Parole de Dieu, ces livres sont écrits en lettres d'or ou d'argent sur parchemin parfois teint en pourpre. Destinés à être montrés et portés en procession, ils se parent de reliures d'or et d'ivoire, incrustées de pierreries, chefs-d'œuvre d'orfèvrerie.
Outre ces livres religieux, les copistes carolingiens reproduisent des textes antiques, littéraires ou scientifiques. Ces manuscrits sont plus ordinaires car destinés à l’étude. Ils prennent place dans les bibliothèques des monastères qui participent ainsi à la transmission des classiques de l'Antiquité.
À la fois reliquaire de la Parole divine, attribut de la puissance impériale, objet de prestige, de pouvoir et de connaissance, le livre devient le vecteur du renouveau des arts et des lettres qui caractérise la renaissance carolingienne.
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