À l’époque carolingienne, l’Antiquité classique constitue une référence au plan politique comme au plan culturel. Les artistes carolingiens se nourrissent des apports de l’Antiquité classique qu’ils intègrent à leurs propres créations. Ils s'approprient non seulement les formes architecturales et les ornements antiques, mais aussi le style naturaliste et les illusions de perspective de la période hellénistique. L’école du Palais de Charlemagne est traversée par ce retour au classicisme qui s’exprime aussi bien dans les pages de texte, transcrites en lettres d’or et d’argent sur du parchemin pourpré, procédé utilisé à la fin de l’Antiquité pour les manuscrits contenant des textes sacrés, que dans cette mise en scène tridimensionnelle des évangélistes, représentés avec des éléments d’architecture qui créent un effet de perspective. Importés d’Italie, les manuscrits antiques qui circulent à la cour et dans les monastères francs contribuent à véhiculer cet héritage classique.

À côté de cet héritage, le décor ornemental des manuscrits carolingiens s’inspire de l’art graphique élaboré par les artistes irlandais et anglo-saxons, à la suite de l’introduction du christianisme dans les Îles britanniques dès le Ve siècle. Puisant leur inspiration dans les arts du métal ou du textile, les artistes insulaires ont fait de l’entrelacs, des figures géométriques et des animaux stylisés leurs motifs privilégiés. Ils développent de manière abstraite ces motifs, qui occupent parfois toute la surface de la page, donnant naissance à ce que l’on appelle les "pages-tapis", célèbres pour leur profusion ornementale savamment orchestrée.
Grâce aux missionnaires anglo-irlandais, ces décors insulaires sont importés sur le continent et diffusés à partir de leurs fondations monastiques.

De l’art mérovingien, enfin, les artistes carolingiens retiennent la lettrine multicolore, inspirée des émaux cloisonnés qui ornaient les bijoux, le répertoire de poissons et d’oiseaux et le frontispice en forme de portique, un décor qui remonte vraisemblablement à des modèles d’origine lombarde.
Les nombreux échanges de manuscrits entre les établissements religieux et la mobilité des artistes professionnels favorisent les croisements de ces différentes tendances. L’enluminure carolingienne offre ainsi un savant mélange d’influences antiques, insulaires et mérovingiennes. Dans certains manuscrits, ces influences se conjuguent pour engendrer des compositions nouvelles et donner naissance à un style unique en son genre.

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