De l'écriture romaine naît, à la fin de l'Antiquité, une écriture calligraphique majuscule, la capitale. Très proche, mais plus arrondie, c'est l'écriture onciale la plus couramment employée à partir du IVe siècle, au moment où l'on adopte le parchemin pour la copie des manuscrits en Occident.
Dans le même temps, après l'éclatement de l'Empire romain, l'écriture courante évolue de manière spécifique dans chacun des royaumes "barbares", donnant naissance à de nombreuses écritures régionales : mérovingienne, wisigothique, lombarde, insulaire... Les capitales demeurent des écritures de luxe qui servent à copier les premières lignes et les prologues des textes sacrés.

C'est à la fin du VIIIe siècle que les moines de l'abbaye de Corbie mettent au point de nouvelles formes d'écriture qui aboutiront, après quelques tâtonnements, à la minuscule caroline. Petite et cursive, cette minuscule économise à la fois le parchemin et le travail du copiste. C'est une écriture ronde et régulière, d'une grande lisibilité, en usage aussi bien dans les textes sacrés que dans les textes profanes. Dans sa volonté d'unification, Charlemagne impose cette écriture unique et universelle dans tout l'empire.
L'excellence de cet alphabet minuscule est telle qu'il demeure presque inchangé durant quatre siècles. La caroline atteint sa perfection dans les magnifiques bibles produites au milieu du IXe siècle par le scriptorium de l'abbaye Saint-Martin de Tours.

À partir du XIIe siècle, la caroline subit une déformation progressive pour aboutir aux formes brisées et anguleuses des écritures gothique et bâtarde qui lui succèdent. Mais la Renaissance la redécouvre, les humanistes italiens admirent sa pureté, son harmonie. La caroline sert alors de modèle à l'écriture "humanistique", celle que les premiers typographes imitent dans leurs caractères dits "romains" universellement employés de nos jours. Un héritage qui se retrouve encore dans notre propre minuscule manuscrite.

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