Lorsque Charlemagne prend le pouvoir, les écoles antiques de l'empire
romain ont depuis longtemps disparu. La culture s’est réfugiée
dans les monastères. On y instruit les enfants destinés
à la vie monastique. Dans le même temps, les clercs et les
laïcs sont de plus en plus incultes.
En 789, dans un vaste programme de réformes, Charlemagne confie
l'enseignement à l'Église, demandant que chaque monastère,
chaque évêché ouvrent des écoles pour apprendre
à lire aux enfants, à partir de livres soigneusement corrigés.
Le programme concerne les apprentissages de base, lire (le latin bien
sûr), écrire et compter. Mais aussi le chant destiné
aux offices religieux et "les notes", sorte de sténographie
destinée aux futurs employés de chancellerie. Les objectifs
de l’empereur sont clairs : la pratique de la religion et l’exécution
des tâches administratives.
Charlemagne sait en effet qu’il est nécessaire que le clergé
soit instruit et muni de versions correctes du texte sacré pour
pouvoir évangéliser et encadrer les populations. Il est
également conscient de l’importance de l’écrit
pour gouverner et unifier les différents territoires de l’Empire.
Son personnel administratif doit savoir lire pour interpréter ses
ordres et écrire pour rédiger des rapports. La langue utilisée,
le latin, doit être pure afin d’être comprise de tous.
Mais les efforts de Charlemagne ne sont pas toujours suivis d'effets.
À plusieurs reprises, il doit renouveler ses instructions en matière
scolaire. Son successeur, Louis le Pieux, légifère également
beaucoup en ce domaine.
Le niveau culturel du clergé augmente, timidement sous Charlemagne puis de façon plus marquée pendant tout le IXe siècle. De nombreux foyers de culture fleurissent dans tout l’Empire et les Carolingiens lettrés écrivent un latin correct qui va rester pendant plusieurs siècles la langue internationale de la religion et de la culture. La population demeure cependant à l’écart de cette renaissance culturelle : la majorité s'exprime en langue germanique ou en langue romane ; elle ne comprend pas le latin et n'a pas l'occasion de consulter de livres, objets extrêmement rares à l'époque.
Si les écoles dispensant le savoir élémentaire restent
inégalement réparties dans l’Empire, de nombreux foyers
d’étude se développent en revanche dans le Palais
de l’empereur ou au sein de grands monastères et évêchés.
Renouant avec l'Antiquité, ces établissements organisent
l'enseignement en deux niveaux : le trivium regroupant trois
disciplines littéraires (grammaire, dialectique et rhétorique),
suivi du quadrivium consacré aux disciplines scientifiques
(arithmétique, géométrie, musique et astronomie).
Ces sept disciplines représentent les Arts libéraux. Cette
organisation des études servira de base à l'enseignement
scolaire puis universitaire pendant tout le Moyen Âge.
Dans ces écoles, on redécouvre les auteurs de l’Antiquité
latine, on réapprend à lire la Bible et les grands théologiens
des premiers siècles. Le renouvellement des études concerne
également les sciences, qu’il s’agisse de l’astronomie
ou de la médecine.
Sous la houlette de savants reconnus comme Alcuin, Théodulfe, ou
Raban Maur, ces centres assurent la formation de l’élite
intellectuelle et le renouveau culturel de l’époque carolingienne.
S'y rencontrent des maîtres venus de tous les horizons, qui apportent
avec eux leur savoir et leur culture, au croisement de la tradition antique
et byzantine, et de l’héritage franc et germanique. C'est
là que fusionne au IXe siècle,
cet ensemble disparate à l’origine de la culture occidentale.