« Il a mis son plumet blanc, son droguet de soie doré, sa veste de velours noir, et ses jarretières à boucles de strass sur des bas de soie à rouleau, on a ri. »
Malade, érotique, joueur, athlétique, le corps de Casanova constitue une des trames essentielles d’Histoire de ma vie. On ne saurait, dans cette énumération, oublier le corps paré. Fils de comédiens, metteur en scène et acteur de sa propre vie, Casanova sait l’importance du costume, accessoire qu’il utilise en abondance, y compris comme ressort dramatique. Mais, au-delà de la comédie des apparences, c’est aussi vers un monde plus intime, où l’on retrouve toute la sensualité de son univers, que nous entraînent les habits, les bijoux, les cosmétiques, si fréquemment cités dans ses mémoires.
En 1760, Casanova met en gage ses effets chez le marchand Escher à Zurich, sans doute pour se défaire de vêtements qu’on lui a déjà vus et qui pourraient permettre de reconnaître l’agent secret qu’il est et qui doit s’enfuir, le plus discrètement possible, d’Allemagne. Le billet, retrouvé dans les archives de Dux, donne un aperçu du contenu des malles du Vénitien :
Quel que soit son état du moment, il fait en sorte de porter l’habit qui convient et de belle qualité : jeune abbé à Naples, il hésite à accompagner Don Antonio Casanova, qui l’a pris sous sa protection, car il est en tenue de voyage ; aussitôt ce dernier lui offre « une canne qui valait au moins vingt onces, et son tailleur [lui] port[e] un habit de voyage, et une redingote bleue à boutonnières d’or, le tout du plus fin drap ». Veut-il embrasser la carrière militaire ? Il se fait coudre un uniforme, dont il choisit lui-même les couleurs, les tissus, et qu’il agrémente d’une « longue épée », d’une « belle canne », d’« un chapeau bien troussé ». L’effet est immédiat : il est le centre des conversations dans le café vénitien où il se rend. À Paris, il comprend vite que son costume, pourtant fort riche, est démodé : « J’avais un bel habit, mais ayant les manches ouvertes, et les boutons jusqu’au bas, tout le monde qui me voyait me reconnaissait pour étranger : cette mode n’existait plus à Paris » (HMV, I, p. 570). On imagine qu’il remédie très vite à cette faute de goût. Pour arriver à ses fins et conquérir la femme qu’il convoite, il lui arrive aussi de se déguiser : en Pierrot pour aller danser devant M. M., la religieuse, au bal organisé dans le parloir du couvent de Murano pour le Carnaval, ou en valet pour séduire, à Zurich, la baronne de Roll.
C’est au soin qu’il a d’être toujours tiré à quatre épingles qu’il doit de réussir sa spectaculaire évasion des Plombs. Lors de son arrestation, il est, comme de coutume, vêtu richement : « beau manteau de bout de soie [bourre de soie], joli habit […], et chapeau bordé [brodé] à point d’Espagne avec un plumet blanc ». Quinze mois plus tard, il s’échappe de sa cellule par les toits mais se trouve pris au piège dans le palais des Doges. Il revêt alors son « joli habit », arrange ses cheveux, met son chapeau et se montre à la fenêtre d’où on le prend pour un fêtard qui s’est laissé enfermer par erreur dans le palais : on lui ouvre la porte et le voila fuyant la prison en dévalant l’escalier des Géants, plume blanche au vent.

1. Vernis martin : sorte de vernis, mis au point au XVIIIe siècle et très utilisé dans la fabrication de meubles ou de petits objets, qui permet d’imiter les laques de Chine ou du Japon.
2. Droguet de soie : sorte de tissu à base de soie, orné de petits motifs brochés, souvent floraux.