Constantinople
Histoire de ma vie
Giacomo Casanova, Dux, 1789-1798.
BnF, Département des Manuscrits, NAF 28604 (2) fol. 8v
© Bibliothèque nationale de France
Dans ce chapitre, Casanova réunit en un seul les deux séjours qu'il fit au Levant, en 1741 et en 1745. Il est fasciné par la vue qu'offre l'arrivée sur Constantinople ; il rappelle ses rencontres avec diverses personnalités, le comte de Bonneval, Ismaïl, Josouff-Ali…

Transcription du texte :
« [Nous] parlerons de ce Pocchini dans quelque quinze à seize ans d'ici.
Les vents toujours favorables nous conduisirent aux Dardanelles en huit ou dix jours, puis les barques turques vinrent nous prendre pour nous transporter à Constantinople. La vue de cette ville à la distance d'une lieue est étonnante. Il n'y a pas au monde nulle part un si beau spectacle. Cette superbe vue fut la cause de la fin de l'Empire romain, et du commencement du grec. Constantin le Grand arrivant à Constantinople par mer, séduit par la vue de Bizance s'écria voilà le siège de l'empire de tout le monde, et pour rendre sa prophétie immanquable il quitta Rome pour aller s'y établir. S'il avait lu, ou cru à la prophétie d'Horace il n'aurait jamais fait une si grosse sottise. Le poète avait écrit que l'Empire romain ne s'acheminerait à sa fin que quand un successeur d'Auguste s'aviserait d'en transporter le siège là où il avait eu sa naissance. La Troade n'est pas bien distante de la Thrace.
Nous arrivâmes à Péra dans le palais de Venise vers la moitié de juillet. La peste ne circulait pas dans la grande ville dans ce moment-là, chose fort rare. Nous fûmes tous parfaitement bien logés ; mais la grande chaleur fit déterminer les Bailes à aller jouir de la fraîcheur dans une maison de campagne que le Baile Donà avait louée. Ce fut à Buyoudcaré. Le premier ordre que j'ai reçu fut de n'oser jamais sortir ni à l'insu du Baile, ni sans un janissaire. Je l'ai suivi à la lettre. Dans ce temps-là les Russes n'avaient pas encore dompté l'impertinence du peuple turc. On m'assure qu'à présent tous les étrangers peuvent aller où ils veulent sans la moindre crainte.
Ce fut le surlendemain de mon arrivée que je me suis fait con-[duire chez Osman bacha de Caramanie. C’est ainsi que s’appelait le comte de Bonneval après son apostasie.] » (suite)
 
 

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