Rencontre avec Louis XV
Histoire de ma vie
Giacomo Casanova, Dux, 1789-1798.
BnF, Département des Manuscrits, NAF 28604 (3) fol. 30v
© Bibliothèque nationale de France
Transcription du texte :
« Ma réponse un peu verte fit rire Madame de Pompadour, qui me demanda si j'étais vraiment de là-bas.
– D'où donc
– de Venise.
– Venise, Madame, n'est pas là-bas ; elle est là-haut.
– On trouve cette réponse plus singulière que la première, et voilà toute la loge qui fait une consultation pour savoir si Venise était là-bas, ou là-haut. On trouva apparemment que j'avais raison, et on ne m'attaqua plus. J'écoutais l'opéra sans rire, et comme j'étais enrhumé, je me mouchais trop souvent. Le même cordon bleu, que je ne connaissais pas, et qui était le Maréchal de Richelieu, me dit qu'apparemment les fenêtres de ma chambre n'étaient pas bien fermées.
– Demande pardon, Monsieur ; elles sont même calfoutrées.
On rit alors beaucoup, et j'en fus mortifié parce que je me suis aperçu que j'avais mal prononcé le mot calfeutrées. J'avais l'air tout humilié. Une demi-heure après M. de Richelieu me demande laquelle de deux actrices me plaisait davantage pour la beauté.
– Celle-là.
– Elle a de vilaines jambes.
– On ne les voit pas, Monsieur et après dans l'examen de la beauté d'une femme la première chose que j'écarte sont les jambes.
Ce bon mot-là dit par hasard, et dont je ne connaissais pas la force, me rendit respectable et fit devenir la compagnie de la loge curieuse de moi.
Le Maréchal sut qui j'étais de M. Morosini même, qui me dit que je lui ferais plaisir à lui faire ma cour. Mon bon mot devint fameux, et le Maréchal de Richelieu me fit un accueil gracieux. Celui des ministres étrangers auquel je me suis attaché le plus fut Milord Maréchal d'Écosse Keit, qui l'était du roi de Prusse. J'aurai l'occasion de parler de lui. » (suite)
 
 

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