La religieuse M. M. (suite)
Histoire de ma vie
Giacomo Casanova, Dux, 1789-1798.
BnF, Département des Manuscrits, NAF 28604 (3) fol. 239
© Bibliothèque nationale de France
Transcription du texte :
« [Je considère avec attention la richesse, et le] travail de ses deux montres, et ses beaux cachets en pendeloques attachés aux chaînons couverts de petits carats. Je visite ses poches de côté, et je trouve des pistolets à briquet plat à ressort, ouvrage anglais des plus finis.
Tout ce que je vois, lui dis-je, est au-dessous de toi, mais laisse que mon âme étonnée rende hommage à l'être adorable qui veut te convaincre que tu es réellement sa maîtresse.
– C'est ce qu'il m'a dit quand je l'ai prié de me conduire à Venise, et de m'y laisser, m'ajoutant qu'il désirait que je m'y amusasse, et que je pusse me convaincre toujours plus que celui que j'allais rendre heureux le méritait.
– C'est incroyable, ma chère amie. Un amant de cette trempe est unique, et je ne saurai jamais mériter un bonheur, dont je suis déjà ébloui.
– Laisse que j'aille me démasquer toute seule.
Un quart d'heure après, elle parut devant moi coiffée en homme avec ses beaux cheveux dépoudrés, dont les faces en longues boucles lui arrivaient jusqu'au bas des joues. Un ruban noir les nouait derrière, et en queue flottante ils lui descendaient jusqu'aux jarrets. M. M. en femme ressemblait à Henriette, et en homme à un officier des gardes nommé l'Étorière que j'avais connu à Paris ; ou plutôt à cet Antinoüs, dont on voit encore des statues, si l'habillement à la française m'avait permis l'illusion. » (Histoire de ma vie, I, p. 744-745)
 
 

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