« Sous le plomb tremblement de terre »
Histoire de ma vie
Giacomo Casanova, Dux, 1789-1798.
BnF, Département des Manuscrits, NAF 28604 (3) fol. 328
© Bibliothèque nationale de France
Transcription du texte :
« Chapitre XIII
Sous le plomb tremblement de terre
 
Le mot Tribunal me pétrifia l'âme ne me laissant que la faculté matérielle nécessaire à l'obéissance. Mon secrétaire était ouvert ; tous mes papiers étaient sur la table où j'écrivais, je lui ai dit qu'il pouvait les prendre ; il remplit un sac qu'un de ses gens lui porta, et il me dit que je devais aussi lui consigner des manuscrits reliés en livres que je devais avoir : je lui ai montré le lieu où ils étaient, et pour lors j'ai vu clair, que le metteur en œuvre Manuzzi avait été l'infâme espion, qui m'avait accusé d'avoir ces livres, lorsqu'il s'introduisit chez moi me flattant de me faire acheter des diamants, et me flattant comme je l'ai dit de me faire vendre ces livres ; c'était la clavicule de Salomon ; le Zecor-ben ; un Picatrix ; une ample instruction sur les heures planétaires aptes à faire les parfums, et les conjurations nécessaires pour avoir le colloque avec les démons de toutes les classes. Ceux qui savaient que je possédais ces livres me croyaient magicien, et je n'en étais pas fâché. Messer Grande me prit aussi les livres que j'avais sur ma table de nuit Arioste, Horace, Pétrarque, le philosophe militaire, manuscrit que Mathilde m'avait donné, le portier des chartreux, et le petit livre des postures lubriques de l'Arétin que Manuzzi avait dénoncé, car Messer Grande me l'a aussi demandé. Cet espion avait l'air d'un honnête homme : qualité nécessaire pour son métier ; son fils fit fortune en Pologne en épousant une Opeska qu'il fit mourir, à ce qu'on prétend, car je n'en sais rien, et même je ne le crois pas, malgré que je l'en connaisse capable. » (Histoire de ma vie, I, p. 859-860)
 
 

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