« Le Roi est assassiné »
Histoire de ma vie
Giacomo Casanova, Dux, 1789-1798.
BnF, Département des Manuscrits, NAF 28604 (3) fol. 401v
© Bibliothèque nationale de France
Transcription du texte :
« [Les premiers dirent ce que je savais ; un quart d'heure après j'ai su qu'on avait saigné le Roi, j'ai su après que la blessure n'était pas mortelle, et] une heure après, que la blessure était si légère que Sa M[ajesté] pourrait même aller à Trianon si elle voulait.
Avec cette intéressante nouvelle je suis allé chez Silvia, et j'ai trouvé toute la famille à table, car il n'était pas encore onze heures. J'entre, et je vois tout le monde consterné. J'arrive, leur dis-je, de Versailles.
– Le Roi est assassiné.
– Point du tout ; il pourrait aller à Trianon, s'il en avait envie. Monsieur de la Martinière l'a saigné, l'assassin est arrêté, et il sera brûlé après qu'on l'aura tenaillé, et écartelé vif. À cette nouvelle que les domestiques de Silvia publièrent d'abord, tous les voisins vinrent pour m'entendre, et ce fut à moi que tout le quartier eut l'obligation d'avoir bien dormi cette nuit-là. Dans ce temps-là les Français s'imaginaient d'aimer leur roi, et ils en faisaient toutes les grimaces : aujourd'hui on est parvenu à les connaître un peu mieux. Mais dans le fond les Français sont toujours les mêmes. Cette nation est faite pour être toujours dans un état de violence : rien n'est vrai chez elle : tout n'est qu'apparent. C'est un vaisseau qui ne demande que d'aller, et qui veut du vent, et le vent qui souffle est toujours bon. Aussi un navire est-il les armes de Paris.

Fin du tome troisième »
 
 

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