« Me voilà de nouveau dans le grand Paris »
Histoire de ma vie
Giacomo Casanova, Dux, 1789-1798.
BnF, Département des Manuscrits, NAF 28604 (4) fol. 7
© Bibliothèque nationale de France
Transcription du texte :
Tome quatrième
Le ministre des Affaires étrangères ; M. de Boulogne contrôleur général ; M. le duc de Choiseul ; l’abbé de Laville ; M. Paris du Vernai. Mon frère arrive de Dresde, et est reçu à l’académie

« Me voilà de nouveau dans le grand Paris, et ne pouvant plus compter sur ma patrie, en devoir d’y faire fortune. J’y avais passé deux ans ; mais n'ayant dans ce temps-là autre objet que celui de jouir de la vie, je ne l'avais pas étudié. Cette seconde fois j'avais besoin de faire ma cour à ceux chez lesquels l'aveugle déesse logeait. Je voyais que pour parvenir à quelque chose, j’avais besoin de mettre en jeu toutes mes facultés physiques et morales, de faire connaissance avec des grands et des puissants, d'être le maître de mon esprit, et de prendre la couleur de tous ceux auxquels je verrais que mon intérêt exigeait que je plusse. Pour suivre ces maximes, j'ai vu que je devais me garder de tout ce qu'on appelle à Paris mauvaise compagnie, et renoncer à toutes mes anciennes habitudes, et à toutes sortes de prétentions qui auraient pu me faire des ennemis qui m'auraient facilement donné une réputation d'homme peu propre à des emplois solides. En conséquence de ces méditations je me suis proposé un système de réserve tant dans ma conduite que dans mes discours qui pût me faire croire propre à des affaires de conséquence plus même de ce que j’aurais pu m’imaginer d’être. Pour ce qui regardait le nécessaire à mon entretien, je pouvais compter sur cent écus par mois que M. sde Bragadin n'aurait jamais manqué [de me faire payer. C'était assez. Je n'avais besoin de penser qu'à me bien mettre, et à me loger honnêtement ; mais dans le commencement il me fallait une somme, car je n'avais ni habits, ni chemises.] » (Histoire de ma vie, II, p. 15-16)
 
 

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