Jeu de billard
Histoire de ma vie
Giacomo Casanova, Dux, 1789-1798.
BnF, Département des Manuscrits, NAF 28604 (4) fol. 95v
© Bibliothèque nationale de France
Le jeu est un élément naturel chez le Vénitien, et à côté des nombreux jeux de cartes qu'il pratique, il manifeste ici, outre son goût du pari, sa connaissance du jeu de billard.

Transcription du texte :
« [Je l'ai laissée aussi à onze heures l'assurant que je la verrais] une autre fois avant mon départ. Une princesse de Galitzin née Cantimir m'avait invité à dîner.
Le lendemain j'ai reçu une lettre de Madame d'Urfé qui par une lettre de change sur Boaz m'envoyait 12 m., me disant très noblement que ses actions ne lui coûtant que 60 000 elle ne voulait pas y gagner. Ce présent de cinq cents louis me fit plaisir. Tout le reste de sa lettre était rempli de chimères : elle me disait que son Génie lui avait dit que j'allais retourner à Paris avec un jeune garçon né de l'accouplement philosophique, et qu'elle espérait que j'aurais pitié d'elle. Singulier hasard ! Je riais d'avance de l'effet que ferait dans son âme l'apparition du fils de Thérèse. Boaz me remercia de ce que je me suis contenté qu'il me paye ma lettre de change en ducats. L'or en Hollande est un article de marchandise. Les payements se font, ou en papier, ou en argent blanc. Dans ce moment-là personne ne voulait des ducats parce que l'agio était monté à cinq stübers.
Après avoir dîné avec la princesse Galitzin, je suis allé me mettre en redingote, et je suis allé au café pour lire des gazettes. J'ai vu V. D. R. qui allant commencer une partie de billard me dit à l'oreille que je pouvais parier pour lui. Cette marque d'amitié me fit plaisir. Je l'ai cru sûr de son fait, et j'ai commencé à parier ; mais à la troisième partie perdue, j'ai parié contre sans qu'il s'en aperçût. Trois heures après, il quitta perdant trente ou quarante parties, et croyant que j'eusse toujours parié pour lui il me fit compliment de condoléance. Je l'ai vu surpris quand lui montrant trente ou quarante ducats je lui ai dit me moquant un peu de la confiance qu'il avait dans son propre jeu, que je les avais gagnés pariant contre lui. Tout le billard se moqua de lui ; il n'entendait pas raillerie ; il fut fort ennuyé de mes plaisanteries ; il partit en colère, et un moment après je suis allé chez Thérèse parce que je le lui avais promis. Je devais partir le lendemain pour Amsterdam. Elle attendait V. D. R., mais elle ne l'attendit plus quand je lui ai dit comme, et pourquoi il était parti du billard en colère. Après avoir passé une heure avec Sophie entre mes bras, je l'ai laissée, l'assurant que nous nous reverrions dans trois ou quatre semaines. » (suite)
 
 

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