Danser le fandango avec Donna Ignacia
Histoire de ma vie
Giacomo Casanova, Dux, 1789-1798.
BnF, Département des Manuscrits, NAF 28604 (9) fol. 77
© Bibliothèque nationale de France
Tout au long de son récit, Casanova ne cesse de montrer son goût pour la danse, qu'il fasse à Constantinople une démonstration de furlane, ou qu'il s'essaie au fandango à peine arrivé en Espagne.

Transcription du texte :
« Chapitre V
Mes amours avec Donna lgnazia. Mon emprisonnement à Buon Ritiro. Mon triomphe.
Un inquisiteur d'État de Venise me recommande à l'ambassadeur.
1768

J'entre dans la salle avec la belle Donna Ignacia, nous y faisons plusieurs tours, nous rencontrons partout la garde des soldats, la baïonnette au bout de ses fusils qui se promenait à pas lents partout pour être prête à s'emparer de ceux qui troubleraient la paix par des disputes. Nous dansons jusqu'à dix heures des menuets, et des contredanses, puis nous allons souper gardant tous les deux le silence, elle pour ne pas m'enhardir, peut-être, à lui manquer de respect, moi parce que, ne parlant que très peu l'espagnol, je ne savais que lui dire. Après souper, je vais à la loge où je devais voir la Pichona, et je ne vois que des masques que je ne connaissais pas. Nous nous remettons à danser jusqu'à ce qu'enfin la permission du Fandango arrive, et me voilà avec ma pareja, qui le dansait à merveille, et qui s'étonne de se voir si bien accompagnée par un étranger. À la fin de cette séduisante danse, qui nous avait mis en feu tous les deux, je la conduis dans l'endroit où l'on servait des rafraîchissements, je lui demande si elle était contente de moi, et je lui dis qu'elle m'avait rendu si amoureux d'elle, que j'en mourrais, si elle ne trouvait le moyen de me rendre heureux, et ne me l'indiquait, en l'assurant que j'étais homme à braver tous les risques. Elle me répond qu'elle ne pouvait penser à me rendre heureux qu'en devenant heureuse elle-même, et qu'elle [m'écrirait comment cela pouvait dépendre de moi dans une lettre qu'elle coudrait entre la doublure, et le dessus du capuchon du domino ; et que je devais donc différer à envoyer le prendre jusqu'à la journée suivante.] » (Histoire de ma vie, III, p. 587-588)
 
 

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