Arrestation en Espagne
Histoire de ma vie
Giacomo Casanova, Dux, 1789-1798.
BnF, Département des Manuscrits, NAF 28604 (9) fol. 154v
© Bibliothèque nationale de France
Casanova ne se sépare pas de ses cahiers et papiers qui voyagent avec lui : en Espagne, leur masse surprend le sbire venu procéder à son arrestation.

Transcription du texte :
« [Je conte à ce bon vieillard tout ce qui venait de m'arriver, et en même temps. Je me rassure que le coup de feu m'avait manqué ; mais je trouve évidemment deux trous dans la redingote au-dessous de l'aisselle.
– Je vais me coucher, lui dis-je, et je vous laisse aussi la redingote. Demain matin ce sera vous-même en qualité de témoin qui viendrez avec moi devant le magistrat compétent pour dénoncer cet assassinat, car s'il y a un homme de tué, l'on verra que je n'ai fait cela que pour défendre ma vie.
– Je crois que vous feriez mieux à partir d'abord.]
– Vous croyez donc que l'affaire n'est pas comme je vous l'ai rendue ?
– Je crois tout ; mais partez, car je vois d'où ce coup part, et Dieu sait ce qui va vous arriver.
– Il ne m'arrivera rien. Si je partais, on me jugerait coupable. Ayez soin de cette épée, et de ce manteau. On a voulu m'assassiner. C'est aux assassins à avoir peur.
Je vais me coucher, et à sept heures du matin j'entends frapper à ma porte. Je vais ouvrir, et un officier entre avec l'hôte.
– Donnez-moi, me dit-il, tous vos papiers, habillez-vous, et venez avec moi. Si vous résistez, je ferai monter mes gens.
– Par ordre de qui venez-vous me demander mes papiers ?
– Par ordre du gouvernement. On vous les rendra s'il n'y a rien qui puisse empêcher de vous les rendre.
– Et où irai-je avec vous ?
– Aux arrêts à la citadelle.
J'ouvre ma malle, et cet homme reste étonné de voir qu'elle était deux tiers au moins remplie de cahiers. J'ôte mes habits, et mes chemises, que je consigne à l'hôte, et je lui abandonne la malle en lui donnant les clefs. Il me dit de mettre dans un portemanteau ce qui peut m'être nécessaire pour la nuit, et il ordonne à l'hôte de m'envoyer un lit. Il me demande si j'ai des papiers dans les poches, et je lui réponds que non, lui faisant voir que je n'avais que mes passeports. Il me dit avec un sourire amer que c'était principalement mes passeports qu'il voulait avoir.
– Mes passeports sont sacrés ; je ne les donnerai qu'au gouverneur général, ou vous m'arracherez la vie. Respectez votre Roi : voilà son passeport, voilà celui du comte d'Aranda, et voilà celui de l'ambassadeur de Venise. On vous ordonne de me respecter. » (suite)
 
 

> partager
 
 

 
 

 
> copier l'aperçu