Arrestation en Espagne (suite)
Histoire de ma vie
Giacomo Casanova, Dux, 1789-1798.
BnF, Département des Manuscrits, NAF 28604 (9) fol. 155
© Bibliothèque nationale de France
Transcription du texte :
« [Vous] ne les aurez qu'après que vous m'aurez fait lier bras et jambes.
– Modérez-vous. En me les donnant, c'est comme si vous les donniez à S. E., et si vous résistez, je ne vous ferai pas lier bras, et jambes, mais je vous ferai conduire au palais, où vous serez obligé de les donner en public. Donnez-les-moi, et je vous ferai quittance.
L'hôte me dit qu'il valait mieux céder, que je ne risquais rien, et que mes passeports ne pouvaient que m'être favorables, et je fus persuadé. Il me fit quittance, que j'ai mise dans mon portefeuille qu'il m'a laissé par charité, et je suis parti de l'auberge avec lui, n'étant suivi de six sbires que de loin. Me souvenant de Madrid, je me trouvais traité humainement. L'officier m'ayant dit que je pouvais ordonner à l'hôte de m'envoyer à manger, je lui ai dit de m'envoyer à dîner et à souper. Il me prêta un manteau, car je n'ai pas voulu le mien percé en deux endroits par une balle, et chemin faisant j'ai raconté à ce chef de sbires tout ce qui m'était arrivé à minuit. Il m'écouta attentivement sans jamais me répondre un seul mot.
À la citadelle, il me consigna à un officier militaire, qui me mit dans une chambre sans meubles à un premier étage, dont les fenêtres sans grille donnaient sur la place. Un soldat m'y enferma. Un moment après un soldat me porta mon sac de nuit, et un quart d'heure après on me porta un lit excellent avec une couverture de damas cramoisi outre deux autres, car le 16 de Novembre le froid commençait à se faire sentir. Resté seul, me voilà occupé par les réflexions. » (Histoire de ma vie, III, p. 692-693)
 
 

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