Le goût du jeu
Histoire de ma vie
Giacomo Casanova, Dux, 1789-1798.
BnF, Département des Manuscrits, NAF 28604 (7) fol. 57v
© Bibliothèque nationale de France
En dépit des interdits qui pèsent, notamment en France, Casanova connaît de nombreux jeux : s'il a une prédilection pour le jeu de pharaon, et pour le biribi, on le voit pratiquer toutes sortes de jeux, tout au long des pages d'Histoire de ma vie : bassette, brelan, comète, ombre, martingale, passe-dix, piquet, trente-quarante, billard, échecs… n'hésitant pas, s'il le faut, à « corriger la fortune ».
Dans la Confutazione della Storia del Governo veneto, d'Amelot de La Houssaie, il se fait un historien longtemps inégalé des jeux de cartes.

Transcription du texte :
« [Les demoiselles furent plus lentes à s'habiller à cause de leur coiffure. […] Elles ouvrirent à la fin la porte et nous vîmes tout ce qu'une charmante fille pouvait étaler pour intéresser et malgré cela très décemment. J'ai admiré l'adresse de Zenobia à les habiller. Les soutanes déchirées montraient leurs] jambes dont on voyait la blancheur par les gros trous des bas, les chemises déchirées à propos sous une ouverture de la robe mal recousue laissaient voir des petits morceaux de leurs beaux seins. Mais les cheveux jusqu'au bas faisaient triompher Mademoiselle Q...
Je leur ai appris comme elles devaient marcher, comment elles devaient tenir la tête pour mouvoir à pitié, et comment elles devaient tenir leurs fins mouchoirs pour faire voir leur misère dans les trous qu'ils avaient. Enchantées, hors d'elles-mêmes il leur tardait d'être au bal s; mais j'ai voulu y aller avant elles pour jouir du plaisir de les voir entrer. J'ai mis vite mon masque de Pierrot, ayant dit à Zenobie d'aller se coucher, puisque nous ne rentrerions qu'à la pointe du jour.
J'entre au bal, et comme il y avait plus de vingt Pierrots, personne ne me regarde. Cinq minutes après je vois tout le monde qui accourt pour voir des masques qui arrivaient, et je me mets à la place, où j'étais sûr de les bien voir. Le marquis était entre les cousines. Leur marche lente, et piteuse intéressait. Mlle Q... avec sa robe satin couleur de feu toute en lambeaux, et ses cheveux qui la couvraient toute imposait silence. La foule n'a commencé à parler qu'un quart d'heure après. Quelle mascarade ! Quelle mascarade ! Qui sont-elles, qui sont-ils ? Je n'en sais rien. Je le saurai. Ce qui me comblait de joie était leur allure. L'orchestre sonne.
Trois masques en domino se présentent à mes gueuses pour les inviter à danser un menuet ; mais leur faisant leurs souliers déchirés, elles s'en dispensent. Ce trait-là m'a beaucoup plu. » (suite)
 
 

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