Le goût du jeu (suite)
Histoire de ma vie
Giacomo Casanova, Dux, 1789-1798.
BnF, Département des Manuscrits, NAF 28604 (7) fol. 58
© Bibliothèque nationale de France
« [Après les avoir suivis par tout le bal pour] plus d'une heure, et m'être réjoui de la réussite de ma mascarade, et assuré que la curiosité deviendrait toujours plus grande, je suis allé voir Carcano qui avait un gros jeu. Un masque en baüte, et en manteau dans le costume vénitien pontait à une seule carte, et mettait cinquante cequins paroli, et paix de paroli à ma guise, et perdait trois cents, le masque était de ma taille, et on disait que c'était moi. Carcano disait que non. Je mets trois ou quatre cequins sur une carte pour avoir le droit de rester là, et dans la taille suivante le masque vénitien met cinquante cequins sur une carte, trouve le paroli, et la paix, et il retire tout l'or qu'il avait perdu qui était là en six tas.
La taille ensuite il a le même bonheur, il se fait payer, et il s'en va. La chaise restant vide, je la prends, et j'entends une dame me nommer, et dire que j'étais dans la salle du bal, habillé en gueux avec quatre autres masques que personne ne connaissait. Comment en gueux ? dit Carcano.
– En gueux ; tout déchiré, en lambeau, et malgré cela magnifique, et en même temps comique. Ils demandent tous les cinq l'aumône.
– On devrait les chasser du bal. Je commence à mettre des cequins sur une carte prise au hasard sans compter, et je perds cinq ou six cartes de suite ; en moins d'une heure, je perds cinq cents cequins. Carcano m'étudiait, tout le monde disait que ce n'était pas moi, parce que j'étais vêtu en gueux au bal. Dans trois tailles heureuses je gagne tout ce que j'avais perdu, et je poursuis avec tout ce tas d'or devant moi. Je mets une bonne poignée de cequins : je gagne la carte, je fais paroli, je gagne, je mets à la paix, et je ne vais pas en avant, car la banque était aux abois. Il me paye ; et il fait demander au caissier mille cequins ; pendant qu'il mêle, j'entends dire voilà les gueux, voilà les gueux. » (Histoire de ma vie, II, p. 857-858)
 
 

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