Naturalisation française
Histoire de ma vie
Giacomo Casanova, Dux, 1789-1798.
BnF, Département des Manuscrits, NAF 28604 (8) fol. 9v
© Bibliothèque nationale de France
À Londres, Casanova se fait présenter au roi George III et à la reine : à une question que celle-ci lui adresse, le mémorialiste répond qu'il est vénitien « n'étant Français que pour m'être naturalisé ». Il a biffé ultérieurement cette phrase.

Transcription du texte :
« [J'ai connu le lendemain à table de cet ambassadeur] le chevalier d'Éon son secrétaire d'Ambassade, qui dans la suite fit tant parler toute l'Europe. C'était une femme qui avant d'entrer dans la diplomatique avait été capitaine de Dragons. Malgré beaucoup d'esprit ministériel, et les manières d'homme, je l'ai soupçonné quelque chose de moins d'homme. Sa comédie a commencé peu de temps après au départ de Londres de M. de Guerchi, qui eut un congé. Dans cette semaine je suis allé me faire connaître de tous les banquiers entres les mains desquels j'avais cent mille écus pour le moins. Ils acceptèrent les traites, et en force des lettres de recommandation de M. Tourton, et Baur ils m'offrirent leurs services particuliers. Je suis allé aux théâtres de Covengarde, de Drurilaine, inconnu de tout le monde, et à dîner aux tavernes pour m'habituer peu à peu aux mœurs anglaises. Le matin j'allais à la Bourse, où je faisais des connaissances ; ce fut là que le négociant Bosanquet, auquel je m'étais recommandé pour avoir un bon domestique, qui parlât outre l'anglais, l'italien ou le français, me donna un nègre qu'il me garantit être fidèle. Ce fut Bosanquet qui me donna un cuisinier anglais qui parlait français, qui entra d'abord chez moi avec toute sa famille, et ce fut lui qui m'introduisit dans plusieurs confréries singulières, dont je parlerai en temps, et lieu. Dans cette semaine j'ai aussi voulu connaître les Begno choisis, où un homme riche va se baigner, souper et coucher avec une fille de joie précieuse. C'est une partie magnifique qui coûte en tout six guinées ; l'économie peut la réduire à quatre ; mais l'économie gâte les plaisirs.
Le Dimanche à onze heures je me suis mis avec élégance, et ayant mes belles bagues, mes montres, et mon ordre en sautoir ruban ponceau, je suis allé à la cour, où j'ai approché le comte de Guerchi à la dernière antichambre. Je suis entré avec lui, et il me présenta à George III qui me parla ; mais si bas, que je n'ai pu y répondre que par une incli-[nation de tête. Mais la reine y suppléa.] » (suite)
 
 

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