Naturalisation française (suite)
Histoire de ma vie
Giacomo Casanova, Dux, 1789-1798.
BnF, Département des Manuscrits, NAF 28604 (8) fol. 10
© Bibliothèque nationale de France
Transcription du texte :
« Je fus enchanté de voir entre ceux qui lui faisaient la cour le Résident de Venise. D'abord que M. de Guerchi prononça mon nom j'ai vu le Résident étonné, car le Procurateur dans sa lettre m'avait nommé Casanova ; la reine m'ayant d'abord demandé de quelle province de France j'étais, et ayant su par ma réponse que j'étais vénitien, [biffé : n'étant Français que pour m'être naturalisé], elle regarda le résident de Venise, qui par une révérence montra qu'il n'avait rien à dire contre. Elle me demanda si je connaissais les ambassadeurs qui étaient partis six semaines auparavant, et je lui ai répondu qu'ayant passé trois jours à Lyon avec eux, M. de Morosini m'avait donné des lettres pour Mil. D'Egremont, et pour le Résident. Elle me dit que Monsieur Querini l'avait fait beaucoup rire. Il m'a dit, me dit-elle en riant, que je suis un petit diable.
– Il a voulu dire, Madame, que V. M. a de l'esprit comme un ange.
J'aurais voulu qu'elle m'eût demandé par quelle raison celui qui me présentait n'était pas M. Zuccato, car je lui aurais répondu de façon que le résident n'aurait pas eu beaucoup de plaisir. Après la cour je suis rentré dans ma chaise à porteurs qui me transporta au Soho Square chez Mistress Cornelis où j'étais invité à dîner. Un homme habillé pour aller à la cour n'oserait pas marcher à pied par les rues de Londres ; un portefaix, un fainéant, un polisson de la lie du peuple lui jetterait de la boue, lui rirait au nez, le heurterait pour l'exciter à lui dire quelque chose de désagréable pour avoir une raison de se battre à coups de poings. L'esprit démocratique existe dans le peuple anglais, même beaucoup plus qu'actuellement dans le français ; mais la force de la constitution le tient soumis. L'esprit de rébellion enfin existe dans toute grande ville, et le grand ouvrage du sage gouvernement est celui de le tenir endormi, car s'il se réveille c'est un torrent que nulle digue peut retenir. » (Histoire de ma vie, III, p. 138-140)
 
 

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