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Emprisonnement à Londres

Histoire de ma vie
Emprisonnement à Londres
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Les brillants moments sont toutefois entrecoupés de périodes sombres. À Londres, Casanova expérimente, à 38 ans, l’horreur d’être systématiquement refusé : c’est l’épisode malheureux avec une courtisane, la Charpillon, qui le conduit en prison pour une fausse accusation, et va même le mener au bord du suicide.

Transcription du texte :
« [Je vois dans l’instant des gens armés de pistolets deux à droite, deux à gauche, et deux autres qui avaient arrêté lavoiture ; je les entends crier :
– Par ordre du roi.
Mes gens leur demandent ce qu’ils voulaient, et un d’eux répond me conduire en prison à Neugate, le dimanche ne garantissant pas les criminels. Je] demande quel était mon crime ; on me répond que je le saurais en prison. Mon nègre dit que j’avais le droit de le savoir avant d’y aller ; on lui répond que le juge dormait alors ; et il réplique que j’attendrais qu’il se levât, et les passants qui au bruit s’étaient arrêtés crient que j’avais raison. Le chef de sbires se soumet, et me conduit chez lui à la cité. Je me suis vu dans une grande chambre rez-de-chaussée, où il n’y avait que des bancs, et des grandes tables. Mes domestiques après avoir renvoyé la voiture vinrent me tenir compagnie, où les six sbires, se faisant une loi de ne pas me quitter me firent dire que je devais leur faire porter à boire et à manger. J’ai ordonné à Jarba de les contenter et d’être doux, et poli. Je devais me disposer à passer là cinq heures. L’heure de l’audience était à sept.
N’ayant commis aucun crime, je ne pouvais être là qu’en conséquence d’une calomnie, et sachant qu’à Londres il y avait bonne justice, j’avais l’âme fort tranquille, souffrant en paix un malheur, qui ne pouvait être que passager. Si j’avais suivi l’ancienne maxime, qui m’était connue, de ne jamais répondre pendant la nuit à une voix inconnue qui appelle, j’aurais évité ce malheur ; mais la faute étant faite, je ne pouvais qu’avoir patience. Je m’amusais à faire des réflexions comiques sur mon passage de la plus brillante assemblée de Londresà l’infâme compagnie dans laquelle je me voyais paré comme j’étais.
Le jour à la fin parut, et le maître du cabaret où j’étais descendit pour voir qui était le criminel qui avait passé la nuit chez lui. La colère dans laquelle il se mit contre les satellites, qui ne l’avaient pas fait réveiller pour me faire donner une chambre, me fit encore rire, car il se voyait par là frustré d’une guinée au moins qu’il m’aurait fait payer pour sa politesse. On vint enfin avertir que le Sergens-fils siégeait, et qu’il était temps de me traduire à sa présence. »

Bibliothèque nationale de France

  • Date
    1789-1798
  • Lieu
    Dux
  • Auteur(es)
    Giacomo Casanova (1725-1798), auteur
  • Provenance

    BnF, Département des Manuscrits, NAF 28604 (8) fol. 104v

  • Lien permanent
    ark:/12148/mm126200291s