Duel avec Braniski
Histoire de ma vie
Giacomo Casanova, Dux, 1789-1798.
BnF, Département des Manuscrits, NAF 28604 (8) fol. 245v
© Bibliothèque nationale de France
Comme l'indique le sommaire, c'est dans ce chapitre que figure en particulier le récit du duel avec le comte Braniski. Cet épisode, dont Casanova faisait aussi volontiers le récit que celui de sa fuite des Plombs, a contribué à sa célébrité.

Transcription du texte :
« [Braniski à ma proposition me regarde de travers, et me] dit d'un ton colère qu'il s'était rendu là avec moi pour se battre, et non pas pour parlementer. Je dis alors au général qu'il pourra témoigner qu'autant qu'il pouvait dépendre de moi je voulais éviter le duel. Il se retire, tenant sa tête entre ses mains. Braniski me presse de choisir. Je jette ma fourrure, et j'empoigne le pistolet premier venu. Braniski, prenant l'autre, me dit qu'il me garantissait sur son honneur l'arme que j'avais dans ma main parfaite. Je lui réponds que j'allais en faire l'essai contre sa tête. À cette terrible réponse il pâlit, il jette son épée à un de ses pages, et me fait voir sa poitrine toute nue. Je me vois forcé à en faire autant avec regret, car mon épée était ma seule arme après le pistolet. Je lui montre ma poitrine aussi, et je recule cinq ou six pas : le postoli en fait autant. Nous ne pouvions pas reculer davantage. Le voyant ferme comme moi la bouche du pistolet contre terre, j'ôte mon chapeau de la main gauche, lui demandant l'honneur de tirer sur moi le premier, et je me couvre. Le postoli au lieu de tirer d'abord, perdit deux ou trois secondes à s'allonger, et à cacher sa tête derrière la couche de son pistolet ; mais la circonstance ne m'ordonnait pas d'attendre toutes ses commodités. J'ai tiré sur lui précisément dans le même instant qu'il tira sur moi, et cela fut évident, car tous les gens des maisons voisines dirent qu'ils n'entendirent qu'un seul coup. Quand je l'ai vu tombé, j'ai vite mis dans ma poche ma main gauche que j'ai sentie blessée, et jetant le pistolet j'ai couru à lui ; mais quelle ne fut pas ma surprise quand j'ai vu trois sabres nus élevés contre moi entre les mains de trois nobles bourreaux, qui m'auraient haché dans l'instant à genoux comme je m'étais jeté, si le Postoli d'une voix [foudroyante ne les avait pétrifiés en leur criant canaille, respectez cet honnête homme.] » (suite)
 
 

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