Madrid : Vue perspective du Palais-Royal du Bon Retire, avec la statue de Philippe II
1770.
Estampe, 27 x 43 cm
BnF, Département des Estampes et de la photographie, LI-72 (5)-FOL
© Bibliothèque nationale de France
« Commençant à connaître peu à peu la nation parmi laquelle j'allais vivre, je suis arrivé à Guadalaxara, Alcala et Madrid. Guadalaxara, Alcala ! Qu'est-ce que ces mots, ce ces noms où je n'entends que la voyelle a ? C'est que la langue des Maures, dont l'Espagne avait été la patrie pendant plusieurs siècles, y avait laissé une quantité de paroles. Tout le monde sait que la langue arabe abonde d'a. Les savants raisonneurs n'ont même pas tort de juger par là que l'arabe doit être la plus ancienne des langues puisque l'a est la plus facile de toutes les voyelles, parce qu'elle est la plus naturelle. On ne doit donc point regarder comme barbares dans la belle langue espagnole les dictons où il n'y a pas d'autres voyelles : ala, achala, Aranda, Almada, Acara, bacala, Agapa, Agrada, Agracaramba, Alava, Alamata, Albadara, Alcantara, Alcaraz, Alcavala, et mille autres, qui font l'effet de rendre la langue castillane plus riche de toutes les langues, richesse qui, comme le lecteur comprend fort bien, ne peut consister qu'en synonymes, puisqu'il est si aisé d'imaginer des paroles que difficile de trouver des nouvelles qualités, et qu'impossible de créer des choses. Qu'à cela ne tienne, la langue espagnole est sans contredit une des plus belles de l'univers, sonore, énergique, majestueuse, qu'on prononce ore retundo [d'une bouche arrondie], susceptible de l'harmonie de la plus sublime poésie, et qui serait égale à l'italienne par rapport à la musique si elle n'avait les trois lettres également gutturales qui en gâtent la douceur, malgré tout ce que les Espagnols, qui comme de raison sont d'un avis contraire, peuvent dire. [...] Son ton cependant la fait paraître à des oreilles indifférentes plus impérative que toutes les autres langues. » (Histoire de ma vie, III, p. 569-570.)
 
 

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