Garderobbe de la Reine
Échantillons d’étoffes et de toiles des manufactures de France recueillis par le maréchal de Richelieu
1736.
BnF, Département des Estampes et de la photographie, Lh-45-Fol. Folio 38
© Bibliothèque nationale de France
« Au commencement du mois de novembre, un officier d'économie de la cour du duc d'Elbeuf vint à ma manufacture avec sa fille pour lui acheter un habit pour le jour de ses noces. La charmante figure de cette fille m'éblouit. Elle choisit une pièce de satin très brillante, et je voyais le contentement de son âme et sa satisfaction quand elle vit son père content du prix ; mais je n'ai pu résister à la peine que me fit sa tristesse quand elle entendit le commis écrivain dire à son père qu'il devait acheter toute la pièce. C'était une loi dans mon magasin, on ne pouvait vendre que toute la pièce. Je suis allé dans mon cabinet pour ne pas me voir forcé à faire une exception à cette loi ; et rien ne serait arrivé si la fille n'eût prié le directeur de la conduire où j'étais. Elle entra avec les yeux gros de larmes me disant de but en blanc que j'étais riche, et que je pouvais acheter moi-même toute la pièce, lui cédant les aunes qui lui étaient nécessaires pour sa robe. J'ai observé son père qui avait l'air de me prier de pardonner à la hardiesse de sa fille que cette démarche déclarait encore enfant. Je lui ai dit que j'aimais la franchise, et j'ai d'abord ordonné qu'on lui coupe ce qu'il fallait pour sa robe. Elle finit alors de m'ensorceler venant m'embrasser, tandis que son père trouvant cela fort plaisant se pâmait de rire. Après avoir payé ce que l'étoffe coûtait, il m'invita à la noce. » (Histoire de ma vie, II, p. 200.)
 
 

> partager
 
 
 

 
> copier l'aperçu