Salières en forme d’huîtres
Gabriel Huquier d’après Juste Aurèle Meissonnier, vers 1753.
Gravure, 61,5 × 45 cm
BnF, Département des Manuscrits, coll. Rothschild
© Bibliothèque nationale de France
« Les huîtres d’Angleterre ne finirent qu’à la vingtième bouteille de vins de Champagne. Le déjeuner commença que la compagnie était déjà grise. Ce déjeuner qui comme de raison n’était composé que d’entrées fut un dîner des plus fins. On ne but pas une seule goutte d’eau, car le Rhin, et le Tokai n’en soufrent point. Avant de servir le dessert on mit sur la table un énorme plat de truffes en ragoût. On le vida suivant mon conseil d’y boire par-dessus du marasquin.
– C’est comme de l’eau, dirent les dames, et elles en burent comme si ç’avait été de l’eau. Le dessert fut magnifique. Tous les portraits des souverains de l’Europe y étaient, on fit des compliments à l’officier qui était là, qui, touché de vanité dit que tout cela résistait aux poches, et pour lors on empocha. Le général alors dit une grande bêtise qu’on siffla par une risée générale.
– Je suis sûr, dit-il, que c’est un tour que l’Electeur nous a joué : S. A. a voulu garder l’incognito, et M. Casanova a très bien servi le prince. Après la grande risée, qui m’a donné le temps de penser.
– Si l’Electeur, mon général, lui dis-je d’un air modeste, m’avait donné un pareil ordre, je l’aurais obéi ; mais il m’aurait humilié. S. A. voulut me faire une grâce beaucoup plus grande : et la voilà. En disant cela j’ai mis entre ses mains la tabatière, qui fit deux, ou trois fois le tour de la table. On se leva, et on fut étonné d’avoir passé à table trois heures. » (Histoire de ma vie, II, p. 261)
 
 

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