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Ange Goudar, Histoire des Grecs ou de ceux qui corrigent la fortune au jeu
La Haye, chez l'Habile joueur, 1758. In-12.
BnF, Arsenal, 8º BL 19578
© Bibliothèque nationale de France
Pierre-Ange Goudar, lié d'amitié avec le marquis de Sade et Casanova, mène une vie aventureuse à Naples, où il ouvre un tripot. Économiste, tricheur, espion de police, "fameux roué" et "sac à diable" (Casanova), Goudar relate dans cet ouvrage l'histoire cynique et facétieuse d'une prétendue "Ligue de l'Industrie". Cette ébauche de société avait trouvé son origine, sous la Régence, dans la faillite du système de Law, après laquelle les hôtels de Gesvres et de Soissons, hauts lieux de l'agiotage, étaient devenus des académies de jeux plus ou moins tolérées par la police. C'est à cette époque, nous dit Ange Goudar, que se formèrent des "écoles de duperie", avec leurs professeurs, et leurs élèves surdoués : l'admission se faisait sur présentation de deux parrains et on y apprenait les raffinements de la tricherie.
Toutefois, la "Ligue" échoua car, poursuit l'auteur, on ne peut pas "exiger de la probité de gens qui n'en ont point" : la société des tricheurs finit par sombrer dans la violence et dans l'escroquerie entre comparses. Pour conclure son traité, Goudar imagine ironiquement "un projet d'hôpital pour les Grecs". La ligue des tricheurs, héritant des contradictions de la société qu'elle entendait duper, ne fut qu'une métaphore du jeu social où tout le monde triche, y compris le Roi et son administration, lesquels se réservaient les profits de la Loterie en dupant les "actionnaires".
 
 

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