Tolède : Vue perspective du portail de l'église cathédrale
Espagne, Tolède
Daumont, éditeur, Paris, 1760.
Estampe, 25 x 40 cm
BnF, Département des Estampes et de la photographie, LI-72 (5)-FOL
© Bibliothèque nationale de France
« Très persuadé, et charmé de voir Tolède, nous partîmes le lendemain de bonne heure, et nous y fûmes le soir. À la porte de cette capitale de la nouvelle Castille, qui est située sur l'éminence d'une montagne, j'ai vu une naumachie. Le Tage, qui charrie de l'or, l'environne de deux côtés. Nous y logeâmes assez bien pour ce pays-là à une auberge sur une grande place, et nous sortîmes le matin avec un cicerone qui nous conduisit à l'Alcazar : c'est le Louvre de Tolède, le grand palais royal où habitait le roi des Maures. Son nom majestueux ne devait avoir autre voyelle que la reine de l'alphabet. Après cela, nous fûmes à l'église cathédrale, digne d'être vue à cause des richesses qu'elle contient. J'ai vu le tabernacle où l'on porte en procession le saint sacrement à la Fête-Dieu, si pesant que l'on emploie trente hommes pour le porter. L'archevêque de cette ville a 300 mille écus de rente, et son clergé en a 400 mille. Un chanoine, me montrant les vases où il y a des reliques, me dit que dans un il y avait les monnaies que Judas avait reçu pour prix de la vente de Notre-Seigneur ; je l'ai prié de me les montrer, et me regardant d'un œil farouche, il me dit que le Roi même n'oserait lui déclarer cette curiosité. Les prêtres en Espagne [sont] une canaille qu'il faut respecter plus qu'ailleurs. Le lendemain on nous fir voir des cabinets de physique et d'histoire naturelle où il nous était au moins permis de rire. On nous montra un dragon disséqué, ce qui prouve, me dit le propriétaire, que le dragon n'est pas un animal fabuleux ; et après le dragon on nous fit voir le basilic, dont les yeux au lieu de nous épouvanter nous firent rire. » (Histoire de ma vie, III, p. 629-630.)
 
 

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