Calèche à bancs
Modèles de voitures d'époque Louis XV
Jean-François Chopard, vers 1750.
Gravure, 50 x 65 cm
BnF, Département des Estampes et de la photographie, LD-20 (B)-FOL - Planche 6
© Bibliothèque nationale de France
« ... mon laquais me dit qu'il ne trouvait pas de fiacre. La Tour d'Auvergne me dit qu'il me ramènerait chez moi sans nullement s'incommoder, malgré que sa voiture ne fût que pour deux personnes.
― Ma petite, dit-il s'assoiera sur nous.
J'accepte, comme de raison, et me voilà assis dans la voiture avec le comte à ma gauche, et Babet assise sur les cuisses de tous les deux. Rempli de désir, je pense à saisir l'occasion ; et sans perdre mon temps, car le cocher allait vite, je lui prends la main, je la serre, elle serre la mienne, je la porte par reconnaissance à ma bouche la couvrant de baisers muets, et impatient de la convaincre de mon ardeur je pousse la chose, comme je le devais dans la plus grande douceur de mon âme ; mais précisément dans le moment de la crise j'entends La Tour d'Auvergne qui me dit :
― Je vous sais gré, mon cher ami, d'une politesse de votre pays dont je ne me croyais plus digne ; j'espère que ce ne soit pas une méprise.
À ces terribles mots, j'étends ma main, et je sens la manche de son habit ; il n'y a point de présence d'esprit dans ces moments-là, d'autant plus que ces paroles furent suivies d'un rire qui aurait démonté l'homme le plus aguerri. Je lâche prise ne pouvant ni en rire, ni disconvenir de la chose. Babet demandait à son ami de quoi il riait tant, et lorsqu'il voulait lui en dire la raison le rire lui revenait, je ne disais rien, et je me trouvais bête au possible. Heureusement la voiture s'est arrêtée, et mon laquais ayant ouvert la portière pour que je descende, je suis entré chez moi leur souhaitant bonne nuit, que La Tour d'Auvergne me rendit en poursuivant à rire de tout son cœur. Pour moi, je n'ai commencé à rire de l'aventure qu'une demi-heure après, car enfin elle était bouffonne ; malgré cela je la trouvais triste et ennuyeuse à cause des plaisanteries auxquelles je devais me disposer à résister. » (Histoire de ma vie, II, p. 80-81.)
 
 

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