Cabriolet
Modèles de voitures d'époque Louis XV
Jean-François Chopard, vers 1750.
Gravure, 50 x 65 cm
BnF, Département des Estampes et de la photographie, LD-20 (B)-FOL - Planche 10
© Bibliothèque nationale de France
« Précédé par mon Espagnol à cheval, avec D. Ciccio Alfani à mon côté dans une excellente voiture à quatre chevaux, dormant profondément, je me réveille en sursaut, forcé par la secousse. On m'a versé à minuit au milieu du grand chemin au-delà de Francolise, quatre mille en deçà de Ste-Agate. Alfani qui était sous moi criait de la douleur que lui causait son bras gauche qu'il croyait cassé, et qui après ne se trouva que disloqué. Mon Le-duc retournant sur ses pas me dit que les deux postillons s'étaient sauvés, et qu'ils pourraient être allés avertir des voleurs de grand chemin.
Je suis sorti facilement de la voiture par la portière qui était au-dessus de moi mais Alfani, vieux et avec son bras estropié ne pouvant pas sortir, il avait besoin d'être tiré dehors. Dans un quart d'heure nous en vînmes à bout. Ses cris perçants m'excitaient à rire à cause des singuliers blasphèmes dont il entrelardait les sottes prières qu'il adressait à saint Françoise d'Assise son protecteur.
Pour moi, accoutumé à être versé, je ne m'étais fait aucun mal. Cela dépend de la façon de se tenir. D. Caccio s'était peut-être cassé le bras pour l'avoir allongé dehors.
[...] Ma voiture étant près du fossé, je détache les quatre chevaux, je les lie en cercle aux roues, et au timon, et je me place derrière eux avec mes cinq armes à feu.
Dans cette détresse, je ne pouvais m'empêcher de rire du pauvre vieux Alfani qui agonisait précisément comme un dauphin mourant sur une plage de la mer, et qui proféra les plus horribles exécrations quand une jument qui avait le dos tourné vers lui eut le caprice de décharger sur lui sa vessie. Il n'y eut pas de remède ; il dut souffrir toute la puante pluie, et pardonner à mon rire que je n'avais pas la moindre force de modérer.
L'obscurité de la nuit et un fort vent du nord rendaient la situation encore plus triste. Au moindre bruit que j'entendais je criais : Qui va là, menaçant la mort à quiconque oserait s'avancer. J'ai dû passer deux heures entières dans cette situation tragi-comique. » (Histoire de ma vie, II, p. 642-643.)
 
 

> partager
 
 
 

 
> copier l'aperçu