Berline montée sur quatre coins de ressorts à la dalème
Modèles de voitures d'époque Louis XV
Jean-François Chopard, vers 1750.
Gravure, 50 x 65 cm
BnF, Département des Estampes et de la photographie, LD-20 (B)-FOL - Planche C 8
© Bibliothèque nationale de France
« Je me suis assis sur le strapontin de ma voiture tenant le fils de la comtesse sur mes genoux, couché sur un grand oreiller. Elle se pâmait de rire comme Clémentine. À la moitié du voyage l'enfant pleura ; il voulait du lait ; la maman découvre vite un robinet couleur de rose qu'elle n'est pas fâchée que j'admire, et je lui approche le poupon, qui rit de ce qu'il va manger et boire en même temps. Je convoitais le respectable tableau, ma joie était visible. Le joli rejeton rassasié s'en détache, je vois la blanche liqueur qui poursuit à ruisseler.
― Ah ! madame. C'est un meurtre ; permettez à mes lèvres de cueillir ce nectar qui me mettra au nombre des dieux, et ne craignez pas que je vous morde.
Dans ce temps-là, j'avais des dents.
Je me suis nourri à genoux regardant la comtesse mère et sa sœur qui riaient paraissant avoir pitié de moi ; c'est une espèce de rire qu'aucun peintre n'a jamais su imiter, excepté le grand peintre Homère là où il représente Andromaque avec Astianacte entre ses bras dans le moment qu'Hector la quitte pour retourner à l'armée.
Insatiable de faire rire, j'ai demandé à Christine si elle avait le courage de m'accorder la même faveur.
― Pourquoi non, si j'avais du bon lait.
― Vous n'avez besoin de n'en avoir que la source. Je penserai au reste.
À ces mots, elle rougit si fort que je fus presque fâché de les avoir prononcés. Toujours gais, nous arrivâmes à l'auberge de Lodi sans avoir vu le temps que nous employâmes au petit voyage. » (Histoire de ma vie, II, p. 892-893.)
 
 

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