Jeu de cartes aux enseignes latines
Venise, 1753.
BnF, Département des Estampes et de la photographie, Réserve Kh-167 (173-188)
© Bibliothèque nationale de France
« Un jeune officier très aimable qui avait perdu quinze à vingt ducats jurait comme un grenadier parce que le banquier ramassait son argent, et quittait. Il avait beaucoup d'or devant lui, et il disait que le banquier devait l'avertir que c'était la dernière taille. Je lui ai poliment dit qu'il avait tort puisque le pharaon était le plus libre de tous les jeux, lui demandant en même temps pourquoi il ne faisait pas la banque lui même ayant autant d'or devant lui. Il me répond qu'il s'ennuierait, car tous ces messieurs pontaient trop mesquinement ; et il me dit en souriant que si cela m'amusait je pourrais moi-même faire une banque. Je demande à l'officier de garde s'il voulait s'intéresser d'un quart, et y ayant consenti, je me déclare que je ferai six tailles. Je demande des cartes neuves, je compte trois cents sequins, et l'officier écrit sur le derrière d'une carte : Bon pour cent sequins, O. Neilan, et la place sur mon or.
Le jeune officier tout content dit en plaisantant qu'il se pourrait que ma banque expirerait avant que je puisse arriver à la sixième. Je ne lui ai rien répondu.
À la quatrième taille ma banque était à l'agonie. le jeune homme triomphait. Je l'ai un peu étonné lui disant que j'étais enchanté de perdre, car quand il gagnait, je le trouvais plus aimable. Il y a des politesses qui portent gignon à la personne à laquelle on les fait. Mon compliment lui fit perdre la tête. À la cinquième, une marée de cartes contraires lui fit perdre tout ce qu'il gagnait ; et à la sixième il voulut forcer, et il perdit tout l'or qu'il avait devant lui. Il me demanda sa revanche pour le lendemain, et je lui ai répondu que je ne jouais que quand j'étais aux arrêts. » (Histoire de ma vie, I, p. 446-447.)
 
 

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