Jeu de cartes aux enseignes latines
Venise, 1753.
BnF, Département des Estampes et de la photographie, Réserve Kh-167 (173-188)
© Bibliothèque nationale de France
« D. Antoine Croce, Milanais, jeune homme que j'avais connu à Reggio, grand joueur, et correcteur déterminé de la mauvaise fortune, vint me voir dans le moment que de la Haye sortait. Il me dit que m'ayant vu perdre mon argent, il venait me proposer le moyen de me refaire, si je voulais me mettre de moitié avec lui dans une banque de pharaon qu'il ferait chez lui-même, où il aurait pour pontes sept ou huit riches étrangers qui faisaient tous cour à sa femme.
― Tu mettras, me dit-il, dans la banque trois cents sequins, et tu seras mon croupier. J'en ai trois cents ; mais ils ne suffisent pas, car les pontes sont forts. Viens aujourd'hui dîner chez moi, et tu les connaîtras tous. Nous pourrons jouer demain qu'étant vendredi il n'y a pas d'opéra. Sois sûr que nous gagnerons de très grosses sommes, car un Suédois nommé Gilenspetz peut à lui seul perdre vingt mille sequins.
Sûr que ce fameux capon n'avait pas jeté un dévolu sur moi, et certain qu'il avait le secret de gagner, je ne me suis pas trouvé assez scrupuleux pour lui refuser mon assistance en qualité d'adjudant et pour ne pas vouloir être de moitié dans son gain. » (Histoire de ma vie, I, p. 692-693.)
 
 

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