Jeu de cartes aux enseignes latines
Venise, 1753.
BnF, Département des Estampes et de la photographie, Réserve Kh-167 (173-188)
© Bibliothèque nationale de France
« M. M. m'ayant demandé si je voulais jouer, et lui ayant répondu que non, elle me dit qu'elle me prenait de moitié ; et sans attendre ma réponse, elle tire une bourse, et elle met une carte sur un rouleau. Le banquier, ne bougeant plus que ses mains, mêle, puis taille et M. M. gagne sa carte et le reva au paroli. Le seigneur paye, puis prend un nouveau jeu de cartes, et se met à parler à l'oreille à sa dame voisine. [...] Elle ôte sa carte, et elle s'éloigne. Je ramasse l'or [...].
Je rejoins ma belle joueuse qui était entourée. Elle s'arrête devant la banque du seigneur Pierre Marcello, jeune et charmant aussi, qui avait à son côté Mme Venier, sœur du seigneur Momolo. Elle joue, et elle perd cinq rouleaux de suite. N'ayant plus d'argent, elle prend hors de ma poche où j'avais les quatre cents sequins, l'or à poignée, et en quatre ou cinq tailles, elle réduit la banque à l'agonie. Elle quitte et le noble banquier lui fait compliment de son bonheur. Après avoir empoché tout cet or, je lui donne mon bras et nous descendons pour aller souper. M'étant aperçu que quelques curieux nous suivaient, j'ai pris une gondole de trajet, que j'ai fait arriver où j'ai voulu. Par ce moyen on échappe à Venise à tous les curieux. » (Histoire de ma vie, I, p. 764-765.)
 
 

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