Jeu de cartes aux enseignes latines
Venise, 1753.
BnF, Département des Estampes et de la photographie, Réserve Kh-167 (173-188)
© Bibliothèque nationale de France
« Hier au soir un jeune homme employé aux fermes, qu'une vieille friponne génoise a conduit à souper chez nous, après avoir perdu quarante louis aux petits paquets, jeta ses cartes au nez de l'hôtesse l'appelant voleuse. J'ai pris le flambeau, et je lui ai éteint la bougie sur la figure, au risque, à la vérité, de lui crever l'œil ; mais elle n'est pas allée dans l'œil. Il courut à son épée en élevant la voix, et si la Génoise ne l'eût pas pris à travers, un meurtre serait arrivé, car j'avais déjà dégainé la mienne. Le malheureux voyant au miroir son balafre se mit tellement en fureur qu'on ne put l'apaiser qu'en lui rendant son argent. Elles le lui rendirent malgré mon insistance ; car on ne pouvait lui rendre l'argent qu'en convenant de lui avoir triché. Cela fut la cause d'une dispute très aigre que j'ai eue avec la Lambertini après le départ du jeune homme. Elle me dit qu'il ne serait rien arrivé, et que nous tiendrions les quarante louis si je ne m'en étais pas mêlé ; que c'était à elle et non à moi qu'il avait insulté, et qu'ayant du sang-froid, ajouta la Génoise, nous l'aurions eu pour longtemps, tandis qu'actuellement, Dieu seul savait ce qu'il allait faire avec la tache que la bougie ardente lui avait laissé sur la figure. Ennuyé par l'infâme morale de ces coquines, et les ayant envoyées se faire......, ma chère hôtesse me dit que je n'étais qu'un gueux. » (Histoire de ma vie, II, p. 48-49.)
 
 

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