Jeu de cartes aux enseignes latines
Venise, 1753.
BnF, Département des Estampes et de la photographie, Réserve Kh-167 (173-188)
© Bibliothèque nationale de France
« Après avoir dîné avec la princesse Galitzin, je suis allé me mettre en redingote, et je suis allé au café pour lire des gazettes. J'ai vu V. D. R. qui allant commencer une partie de billard me dit à l'oreille que je pouvais parier sur lui.
Cette marque d'amitié me fit plaisir. Je l'ai cru sûr de son fait, et j'ai commencé à parier ; mais à la troisième partie perdue, j'ai parié contre, sans qu'il s'en aperçut. Trois heures après il quitta, perdant trente ou quarante parties, et croyant que j'eusse toujours parié pour lui il me fit compliment de doléance. Je l'ai vu surpris quand, lui montant trente ou quarante ducats, je lui ai dit me moquant un peu de la confiance qu'il avait dans son propre jeu, que je les avais gagnés en pariant contre lui. Tout le billard se moqua de lui ; il n'entendait pas raillerie ; il fut fort ennuyé de mes plaisanteries ; il partit en colère. [...] Retournant chez Boaz, et ayant mon épée sous le bras, je me vois attaqué au plus beau clair de lune par V. D. R. Il se dit curieux de voir si mon épée piquait comme ma langue. Je tâche en vain de le calmer lui parlant raison, je diffère à dégainer, [...] je lui dis qu'il avait tort de prendre en si mauvaise part des badinages, je lui demande pardon, je lui offre de suspendre mon départ pour lui demander pardon au café. Point du tout, il veut me tuer, et pour me persuader à tirer mon épée il me donne un coup de plat. C'est le seul que j'ai reçu dans toute ma vie. » (Histoire de ma vie, II, p. 124.)
 
 

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