Paris : La Samaritaine, sur le Pont-Neuf
Paris, vers 1750.
Estampe, 25 x 42 cm
BnF, Département des Estampes et de la photographie, LI-72 (1)-FOL
© Bibliothèque nationale de France
« Paris me parut un nouveau monde. Mme d'Urfé était morte, mes vieilles connaissances avaient changé de maison ou de fortune, j'ai trouvé des riches devenus pauvres, des pauvres, riches, les filles de joie toutes neuves, celles que j'avais connues étant aller figurer dans les provinces où tout ce qui arrive de Paris est fêté et porté aux nues. J'ai trouvé non seulement des nouveaux bâtiments qui ne me laissaient plus connaître les rues, mais des rues neuves toutes entières, et si singulièrement composées dans leur architecture que je m'y perdais. Paris me paraissait devenu un labyrinthe. Étant à pied et voulant aller de l'église Saint-Eustache à la rue Saint-Honoré pour aller au Louvre, ne trouvant plus l'ancien emplacement de l'hôtel de Soissons, je me suis positivement égaré. Des vastes bâtiments ronds avec des issues irrégulières, et des petites rues plus larges que longues, c'était le comble de la folle architecture française, qui au génie novateur de la nation paraissait un chef-d'œuvre. Le goût du spectacle avait pris un nouveau système : nouveaux règlements, nouveaux acteurs et nouvelles actrices ; tout était devenu plus cher, la misère pour soulager ses ennuis courrait en foule s'égayer aux nouvelles promenades que la politique et l'avarice lui avaient formées sur les faux remparts de la grande ville. Le luxe de ceux qui ne s'y promenaient qu'en voiture ne paraissait fait que par contraste. Les deux extrémités étaient tour à tour et réciproquement spectacle et spectatrices. La seule ville de Paris n'a besoin que de quatre ou cinq ans pour offrir aux yeux de l'observateur un tel changement. » (Histoire de ma vie, III, p. 553-554.)
 
 

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