Natura medicinæ (Alchimie)
XVIIe siècle.
Manuscrit à peintures, papier, 72 folios, 16,9 x 10,9 cm
BnF, Arsenal, MS 975, fol. 10, planche 1
© Bibliothèque nationale de France
« J'étais parvenu à connaître parfaitement Mme d'Urfé, qui me croyait un vrai adepte sous le masque d'un homme sans conséquence ; mais elle se fortifia dans cette idée chimérique cinq ou six semaines après, lorsqu'elle me demanda si j'avais déchiffré le manuscrit où il y avait le procédé du grand-œuvre. Je lui ai dit que je l'avais déchiffré et par conséquent lu, et que je le lui rendrais, lui donnant parole d'honneur que je ne l'avais pas copié.
– Je n'y ai trouvé lui dis-je rien de nouveau.
– Sans la clef, monsieur, excusez que je croie la chose impossible.
– Voulez-vous madame, que je vous donne votre clef ?
– Je vous en prie.
Je lui donne alors la parole, qui n'était d'aucune langue, et je la vois surprise. Elle me dit que c'était trop car elle se croyait seule maîtresse de ce mot-là qu'elle conservait dans sa mémoire, et qu'elle n'avait jamais écrit.
Je pouvais lui dire la vérité, que le calcul même qui m'avait servi à déchiffrer le manuscrit m'avait fait apprendre le mot, mais il me vint le caprice de lui dire qu'un Génie me l'avait révélé. Cette fausse confidence fut celle qui mit Mme d'Urfé dans mes fers. Je me suis rendu ce jour-là l'arbitre de son âme, et j'ai abusé de mon pouvoir. Toutes les fois que je m'en souviens, je me sens affligé et honteux, et j'en fais la pénitence actuellement dans l'obligation où je me suis mis de dire la vérité dans mes Mémoires. » (Histoire de ma vie, II, p. 95-96.)

 Suite des aventures avec Mme d'Urfé
 
 

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