Dealbatio (Alchimie : action de rendre blanc)
XVIIe siècle.
Manuscrit à peintures, 72 folios, 16,9 x 10,9 cm
BnF, Arsenal, MS 975, fol. 20, planche 8
© Bibliothèque nationale de France
« La grande chimère de Mme d'Urfé était celle de croire à la possibilité de parvenir au dialogue avec les esprits élémentaires. Elle aurait donné tout ce qu'elle possédait pour y parvenir ; et elle avait connu des imposteurs qui l'avaient trompée la flattant de lui apprendre le chemin. Se voyant alors vis-à-vis de moi qui lui avais donné une preuve si évidente de ma science, elle se croyait parvenue à son but.
– Je ne savais pas, me dit-elle, que votre Génie eût le pouvoir de forcer le mien à lui révéler ses secrets.
– Il n'a pas eu besoin de le forcer, car il sait tout de sa propre nature.
– Sait-il aussi ce que j'enferme de secret dans mon âme ?
– Certainement, et il doit me le dire si je l'interroge.
– Pouvez-vous l'interroger quand vous voulez ?
Dans tous les moments que j'ai du papier et de l'encre ; et je peux même le faire interroger par vous, vous disant son nom. Mon Génie s'appelle Paralis. Faite-lui une question par écrit, comme si vous la faisiez à un mortel ; demandez-lui comment j'ai pu déchiffrer votre manuscrit, et vous verrez comme je l'obligerai à vous répondre.
Mme d'Urfé, tremblante de joie, fait sa question ; je la mets en nombres puis en pyramide comme je fais toujours, et lui fais tirer la réponse qu'elle met elle-même en lettres. Elle ne trouve que des consonnes, mais moyennant une seconde opération je lui fais trouver des voyelles qu'elle combine, et voilà une réponse fort claire et qui la surprend. Elle voit sous ses yeux la parole qui était nécessaire à déchiffrer son manuscrit. Je l'ai quittée portant avec moi son âme, son cœur, son esprit et tout ce qui lui restait de bon sens. » (Histoire de ma vie, II, p. 96.)

 Suite des aventures avec Mme d'Urfé
 
 

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