Le serpent crucifié
Nicolas Flamel (1330 ?-1418), Le Livre d'Abraham le Juif
XVIIe siècle.
Manuscrit à peintures, 11 folios, 36,5 x 22,5 cm
BnF, Arsenal, MS 3047, fol. 6
© Bibliothèque nationale de France
« Le dîner qui m'amusa le plus fut celui qu'elle [Mme d'Urfé] donna à Mme de Gergi qui vint accompagnée du fameux aventurier, comte de St-Germain. Cet homme, au lieu de manger, parla du commencement à la fin du dîner ; je l'ai écouté avec la plus grande attention, car personne ne parlait mieux que lui. Il se donnait pour prodigieux en tout, il voulait étonner, et positivement il étonnait. Il avait un ton décisif, qui cependant ne déplaisait pas, car il était savant, parlant bien toutes les langues, grand musicien, grand chimiste, d'une figure agréable, et maître de se rendre ami toutes les femmes, car en même temps qu'il leur donnait des fards qui leur embellissaient la peau, il les flattait non pas de les faire devenir plus jeunes, car cela, disait-il, était impossible, mais de les garder et conserver dans l'état où il les trouvait moyennant une eau, qui lui coûtait beaucoup, mais dont il leur faisait présent. Cet homme très singulier, et né pour être le plus singulier de tous les imposteurs, impunément disait, comme par manière d'acquit, qu'il avait trois cents ans, qu'il possédait la médecine universelle, qu'il faisait tout ce qu'il voulait de la nature, qu'il fondait les diamants, et qu'il en faisait un grand de dix à douze petits sans que le poids diminuât, et avec la plus belle eau. C'étaient pour lui bagatelles. Malgré ses rodomontades, ses disparates et ses mensonges évidents, je n'ai pas eu la force de le trouver insolent, mais je ne l'ai pas non plus trouvé respectable ; je l'ai trouvé étonnant malgré moi, car il m'a étonné. » (Histoire de ma vie, II, p. 95.)

 Suite des aventures avec Mme d'Urfé
 
 

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