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Les manuscrits de Dunhuang,
et plus encore les fragiles esquisses et dessins ou les rares
rouleaux à peinture sont des miraculés de l’histoire,
survivants improbables, constituant un émouvant héritage
surgi intact après un endormissement de neuf siècles
et qui apportent un éclairage unique sur la peinture
chinoise avant le Xe siècle.
La plupart de ces images sur papier datent des IXe
et Xe siècles, période
de grande activité artistique à Dunhuang si
l’on en juge par le nombre de grottes et de pièces
datables de cette époque. Peu après la fin
de l’occupation tibétaine, en 845, une académie
de peinture fut créée sous l’autorité
des rois locaux, puis un bureau de peinture, à partir
du règne de Cao Yijin (920-935), s’occupa de
la formation des peintres de la région. Les documents
retrouvés sont des témoignages de première
main de l’art de ces artistes anonymes, sensibles aux
influences de l’Inde, de l’Asie centrale et du
Tibet, mais qui contribuèrent à l’expression
artistique originale d’un bouddhisme fortement sinisé.
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Cinq
siècles de peinture bouddhique
Le bouddhisme est une religion favorable à l’image
: le message se diffuse tout autant par l’écrit
que par la représentation figurée. La prospérité
des temples bouddhiques de la Chine du premier millénaire
leur permit de faire appel à quantité d’artisans
et d’artistes. Malheureusement, aucune œuvre picturale
bouddhique majeure de Chine centrale de cette époque
n’est parvenue jusqu’à nous. La plupart
ont péri lors de la persécution du bouddhisme
de l’année 845. La région de Dunhuang,
alors sous occupation tibétaine et géographiquement
éloignée, a été très heureusement
préservée de ces destructions. Mises à
part certaines pièces conservées au Japon,
l’histoire de cinq siècles de peinture bouddhique
repose en grande partie sur quelques sites dont Dunhuang
est le plus éclatant fleuron. Les dessins et peintures
qui en proviennent occupent une place unique dans l’histoire
des arts du pinceau. Impressionnant par sa qualité
et son abondance artistique, ce site est connu pour ses 500
grottes décorées entre le IVe
et le Xe siècle. Les croquis,
esquisses, dessins, bannières et feuillets mobiles
découverts à Dunhuang permettent de souligner
l’omniprésence de la peinture qui décore
les grottes du sol au plafond, les piliers, les autels fixes
et portatifs, ainsi que les livres. Une forte communauté
artistique s’y activait et une académie de peinture
y fut créée. |
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Esquisses,
dessins et rouleaux peints
Les peintures mobiles ou les bannières, réalisées
par des artisans spécialisés pour le compte des
monastères ou pour la vente, sont bien connues à
travers les superbes exemples sur soie conservés au
musée Guimet et au British Museum. Mais la grotte n° 17
recelait aussi des dessins au trait sur papier qui n’ont
encore jamais été exposés : on relève
des ébauches d’artistes, des illustrations de
rouleaux ou de livrets, ainsi que des feuillets destinés
à l’accrochage. Les esquisses constituent les
plus anciens exemples retrouvés en Chine de croquis
d’artistes, des document de cette nature n’ayant
pas été conservé avant le XVIe
siècle. Certains dessins permettent de visualiser l’étape
intermédiaire entre la commande et la réalisation
de fresques ou de peintures sur soie connues dans leurs versions
achevées. Quelques précieux rouleaux peints,
également retrouvés, sont les uniques exemples
préservés de ce format pour cette époque.
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Une
extension de l’art du trait
Le dessin se présente naturellement comme
une extension de l’art du trait. Calligraphie et peinture
ont en commun d’utiliser les mêmes matériaux,
d'être réalisées sur le même papier,
avec le même pinceau et la même encre. Le pinceau
plus ou moins flexible et épais, chargé d’une
encre plus ou moins saturée, trace en effet le contour
du dessin, selon une approche calligraphique. Tant le lettré
que le peintre exploitaient quotidiennement le même
répertoire de traits minces, épais, courts,
longs, droits, sinueux. Non seulement la peinture au lavis,
développée au début du deuxième
millénaire, mais également le dessin tirent
leur substance de l’expérience du tracé
calligraphique qu’il s’agisse de traits, points
ou hachures qui dériveraient de la méthode
calligraphique du Bi zhenlu (La Stratégie du
pinceau) de Dame Wei. La relation entre calligraphie et peinture
était beaucoup plus naturelle en Chine que dans l’Europe
médiévale. Les théoriciens chinois ont
estimé que les deux arts avaient une même origine.
Zhang Yanyuan, au IXe siècle,
pouvait affirmer que bien que portant des noms différents,
ils étaient faits de la même substance. La parenté
entre les formes artistiques peut se résumer par la
formule "shuhua tongyuan", "calligraphie et
peinture ont une même source".
Des esquisses permettent d'appréhender
la technique de peinture des fresques
Ont été retrouvées à Dunhuang
les ébauches vraisemblablement préparatoires
à des fresques et des esquisses de grand format qui
ont manifestement servi de modèles à l’exécution
de peintures de bannières sur soie, ou sur des matières
moins coûteuses, comme le papier ou le chanvre. Elles
ont déjà toutes les qualités des œuvres
abouties. Ces dessins au trait étaient reportés
sur d’autres supports et recouverts de couches de pigments
colorés qui faisaient disparaître la structure
originelle. Seuls, quelques pans de peinture écaillée
sur les fresques ont permis de retrouver, par endroits, le
tracé de cette première ossature. Les dessins
de Dunhuang nous permettent de mieux appréhender la
technique picturale mise en œuvre dans les peintures
de fresques, où la structure est invisible sous la
couche de pigments colorés qui les recouvre.
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Des
dessins à l'encre préfigurent le goût
pour la peinture au trait
Ont également été retrouvés des
dessins à l’encre dans leur forme achevée
: frontispices préservés dans des rouleaux
ou des livrets, illustrations de rouleaux ou de feuillets
mobiles. Ces effigies saintes ont été réalisées
sur du papier, support plus humble que la soie et lui servant
de substitut. Qu’elles témoignent d’une
époque ou les communautés laïques et monastiques
étaient moins prospères, ou qu’elles
aient été destinées à un public
populaire de croyants et de fidèles dont les moyens
modestes ne leur permettaient pas d’acquérir
les superbes bannières et peintures sur soie aux riches
couleurs, elles annoncent en tout cas un style pictural très
largement exploité au cours du millénaire suivant
et éclairent une importante période de transition
de l’art chinois : à partir du début
du XIe siècle, les artistes
s’orienteront précisément vers la peinture
au trait d’encre qui ne sera plus réservée
aux seules esquisses. Su Shi (1036-1101), Mi Fu (1053-1107)
ou Li Gonglin (1049-1105) développeront un style fondé
sur l’esthétique calligraphique monochrome en
prenant pour sujets les paysages, les bambous, les rochers
et les arbres. Ce procédé basé sur l’emploi
du seul pigment noir évoluera dans plusieurs directions.
Issu de la technique des esquisses préparatoires,
développé en réaction contre l’usage
trop envahissant et tapageur de la couleur, il deviendra
l’expression favorite des peintres lettrés jusqu’à
nos jours. Ce parti pris en faveur de la peinture monochrome
considérée comme plus suggestive que la peinture
en couleurs sera rarement remis en question par les artistes.
Les illustrations au trait noir dans les livres répondent
aussi à ce goût.
Les précurseurs de l'édition
xylographique illustrée
L’art du trait se définit par des lignes noires
se détachant sur un fond contrasté, jouant
essentiellement de l’opposition du vide et du plein,
et du noir de l’encre avec le blanc du papier. Les
dessins, réduits à quelques lignes épurées,
viennent illustrer la partie liminaire d’un texte en
rouleau ou en livret. À ce titre, on peut les considérer
comme de véritables précurseurs de l’édition
xylographique illustrée.
Des livrets, des peintures mobiles et des rouleaux montrent
des exemples de dessins au trait rehaussés par quelques
couleurs. Celles-ci viennent se lover dans les espaces déterminés
par les contours, mais n’en définissent pas
le dessin. Loin de disparaître, ce procédé
survivra aussi dans la xylographie. Certaines éditions
seront aquarellées à la main. Le passage du
dessin au trait qui accompagne un texte manuscrit à
l’imprimé illustré qui en reprend toutes
les caractéristiques est montré grâce
à une pièce imprimée au XIe
siècle qui pouvait, selon les cas, rester telle quelle
ou être ravivée par des couleurs.
Les premiers rouleaux peints
Outre l’illustration des livres, on note des exemples
de rouleaux verticaux destinés à l’accrochage,
et plusieurs rouleaux peints horizontaux. Le format du rouleau,
abandonné comme support du texte pour des raisons
pratiques, perdurera pour la peinture. Certains rouleaux
du Xe siècle, entièrement
illustrés, destinés à être présentés
au cours de séances publiques, figurent parmi les
plus anciens exemples connus. Telle une bande-son simultanée
au déroulement d’un film, un conteur ou un moine
fournissait le commentaire au fur et à mesure qu’il
montrait la succession des images comme autant d’épisodes
d’une narration édifiante.
Les genres majeurs de l'illustration
chinoise sont déjà présents
Ainsi, les genres majeurs de l’illustration chinoise
sont déjà présents ou en gestation dans
les spécimens de Dunhuang. La majeure partie de ces
peintures ou feuillets illustrés est de nature religieuse.
Beaucoup ont un caractère votif ou rituel. Toutefois,
les images ne sont pas l’apanage exclusif du bouddhisme,
comme en témoignent certains portraits de fonctionnaires,
un plan de ville fortifiée ou un dessin de cheval.
Plusieurs pièces montrent la collaboration étroite
qui, sur un même support, pouvait associer un copiste
et un illustrateur, le texte et l’image s’éclairant
mutuellement et servant un même but. Les exemples sont
fournis par les illustrations techniques d’un livret
de prescriptions vestimentaires pour le deuil, ou de manuels
de praticiens comme le rouleau de faciomancie ou le Tableau
des êtres d’heureux présages.
N.M
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