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Esquisses de peintres

Texte composite comprenant une liste d’invocations des noms de bouddhas
Texte composite comprenant une liste d’invocations des noms de bouddhas

Bibliothèque nationale de France 

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La peinture monochrome est une catégorie essentielle de l’art chinois. Les documents de Dunhuang (9e-10e siècles) montrent des contours dessinés par un trait noir. Ce procédé pictural, caractéristique de la première étape de la peinture chinoise, permet notamment de réaliser les épures des fresques. Plus tard, peinture et dessins monochromes s’affirment comme un genre à part entière.

Jeux de stéréotypes

Le peintre esquisse d’abord un squelette qui est ensuite habillé de différentes manières pour varier les effets par le jeu de stéréotypes interchangeables. L’exemple le plus simple est celui de la succession d’images identiques du Sûtra des noms de Bouddha où l’adjonction de couleurs permet d’animer la monotonie des figures. Ce principe pictural s’applique aussi aux textes. Sur le modèle de l’écriture régulière à l’encre noire et selon une mise en page identique, on recourait pour les sûtras votifs à des encres précieuses.

Sûtra des noms des mille bouddhas
Sûtra des noms des mille bouddhas |

Bibliothèque nationale de France

Les éditions imprimées de textes en couleur en fournissent un exemple plus tardif. La comparaison des œuvres permet de comprendre comment, à partir d’un modèle identique, les artistes ont su varier les représentations par différentes techniques de coloration ou par des modifications de détail. Le peintre bouddhiste a développé son art à partir de modèles standards déclinés avec plus ou moins d’inventivité sur divers supports.

Déclinaisons xylographiques

La cueillette des feuilles de mûrier en Chine
La cueillette des feuilles de mûrier en Chine |

Bibliothèque nationale de France

Cet art de la déclinaison d’un même thème existe aussi dans le domaine esthétique non religieux ; les estampes Kaempfer ont fait l’objet de tirages de plusieurs couleurs ; les peintures et tirages xylographiques du Gengzhitu ont quasiment la même structure linéaire, mais se distinguent par la coloration ; les peintures impériales d’époque Qing exécutées sur soie avec des couleurs vives étaient également diffusées sous forme de répliques au trait noir dans des éditions xylographiques plus en accord avec l’esthétique austère du lettré. La primauté du trait se manifeste dans la prédilection de l’édition chinoise à produire des ouvrages illustrés monochromes plutôt que polychromes (par exemple pour les romans). Malgré une évidente maîtrise technique de la reproduction en couleurs – comme les estampes Kaempfer ou le Mont Wu – la majorité des publications n’utilisent que le trait à l’encre noire pour leurs illustrations.

Vues remarquables du mont Wu
Vues remarquables du mont Wu |

Bibliothèque nationale de France

Chrysanthèmes et papillons
Chrysanthèmes et papillons |

© Bibliothèque nationale de France

Fonction religieuse de la reproduction des standards

Le très saint bodhisattva Dizang
Le très saint bodhisattva Dizang |

Bibliothèque nationale de France

Dans l’imagerie religieuse, la précision du trait est fondamentale, tout autant que dans les talismans taoïques ou dans la copie calligraphique. La peinture bouddhique observe un certain nombre de règles précises portant sur l’iconographie et sur le respect des proportions. De même qu’une grande partie de l’activité calligraphique repose sur la copie plus ou moins libre de modèles, la peinture chinoise, et spécialement l’illustration bouddhique, s’appuie aussi sur la reproduction de standards.
Certains dessins de Dunhuang pourraient avoir servi de modèles à des ateliers ou à des artistes. Avant la découverte des esquisses de la grotte no 17, la connaissance de recueils de modèles se fondait uniquement sur des témoignages littéraires. Jao Tsong-yi cite un ouvrage composé en 1074 par Guo Ruoxu : « Zhao Yuande, durant les troubles qui marquèrent la fin des Tang, obtint plus d’une centaine de “modèles” dus aux meilleurs artistes des Sui et des Tang, ce qui explique la qualité et l’étendue de sa formation artistique. » Les esquisses de Dunhuang permettent de restituer une étape dans la connaissance des ateliers d’artistes au 10e siècle.

Modèles ou esquisses

Manjusri et autres personnages
Manjusri et autres personnages |

Bibliothèque nationale de France 

Plusieurs pièces illustrent un thème souvent traité en fresques sur les parois des grottes à Dunhuang, ainsi que sur un rouleau, celui du Combat magique de Sariputra contre les hérétiques : ces dessins semblent être les esquisses préparatoires sinon d’une grotte spécifique, du moins de fresques similaires à celles qui sont actuellement connues. Une ébauche représentant Manjusri et plusieurs personnages rappelle aussi une fresque spécifique de Dunhuang. Deux dessins de rois gardiens pourraient avoir servi de modèles à des peintures de corniches d’angle de certaines grottes.

Esquisses préparatoires du Combat magique de Sariputra contre les hérétiques
Esquisses préparatoires du Combat magique de Sariputra contre les hérétiques |

Bibliothèque nationale de France

Les éléments iconographiques visibles sur plusieurs autres dessins permettent de les relier directement à la réalisation de bannières. Un long rouleau montre des études de visages du bodhisattva Guanyin ainsi que des porteurs de vajra en pied, à la plastique sculpturale. Il ne semble guère douteux que de telles images aient servi de modèles ou d’esquisses préparatoires à des bannières sur soie en couleurs comparables à celles conservées au musée Guimet ou au British Museum.

Deux esquisses de Vaisravana, le roi gardien du Nord
Deux esquisses de Vaisravana, le roi gardien du Nord |

Bibliothèque nationale de France

Deux esquisses de Vaisravana, le roi gardien du Nord
Deux esquisses de Vaisravana, le roi gardien du Nord |

Bibliothèque nationale de France

Provenance

Cet article a été conçu dans le cadre de l’exposition « Chine, l’Empire du trait » présentée à la Bibliothèque nationale de France en 2004. 

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