L'histoire du site de Dunhuang




Aux confins nord-ouest de la Chine, le site de Dunhuang, dans l'actuelle province du Gansu, fut d'abord un poste militaire chinois stratégique qui se développa en raison de sa situation sur l'un des axes d'échanges internationaux de biens et d'idées, conventionnellement nommé route de la Soie, laquelle partait de la capitale Chang'an (actuelle Xi'an) jusqu'à Dunhuang où elle se divisait en deux, l'une se dirigeant vers le nord, l'autre vers le sud jusqu'au Proche-Orient.

Un carrefour d'influences sur la route de la Soie
Cette ville oasis vécut au rythme des diverses influences venues de l'ouest (Inde, Tibet, Asie centrale), mais également de l'est, de la capitale et de la province du Sichuan notamment au moins jusqu'à l'invasion tibétaine en 780. Son importance s'accrut au détriment de celle d'autres lieux d'étapes tels que Khotan et Kucha. Libérée de l'emprise tibétaine en 848, la région resta isolée de la Chine centrale et fut alors administrée par des rois de Dunhuang, les familles Zhang, Suo puis Cao.

Un centre religieux prospère
Grâce à la richesse commerciale, ce lieu devint un centre religieux très prospère. Une communauté monastique était déjà installée à Dunhuang à la fin du IIIe siècle, dont le moine le plus célèbre est Dharmaraksa, traducteur de la première version connue du Sûtra du lotus. Une falaise rocheuse sise le long d'une rivière, qui rappelle les sites indiens, vit se développer un complexe religieux majeur, comparable à ceux de Yungang et de Longmen. Cette falaise fut percée de grottes, la première en 366. Le lieu compta jusqu'à 18 monastères en activité et 492 grottes, toutes richement décorées, d'où son nom de "Qianfodong", "Grottes des mille bouddhas". La congrégation compta jusqu'à 1 400 moines et nonnes. Des sûtras rapportés d'Inde y furent traduits, copiés, et enseignés pendant plus d'un demi-millénaire tandis que des artisans peintres y travaillaient en grand nombre. La communauté artistique de très haut niveau qui s'y maintint au cours des siècles rivalisa avec les meilleurs peintres de la capitale. Une académie de peinture, sous l'égide des rois de Dunhuang, fut établie à partir du milieu du IXe siècle et la famille royale des Cao commanda directement les peintures d'un des temples. Le bouddhisme étant une religion très largement fondée sur les textes et les bibliothèques monastiques conservaient une abondante littérature religieuse ; les sûtras étaient copiés dans les ateliers de scribes pour la communauté ou à titre d'offrande de pieux fidèles.
 

 

Un brassage culturel étonnant
Ce site, où les Tibétains, Ouïgours, Khotanais et Sogdiens côtoyaient les Chinois et où des documents en une dizaine de langues ont été retrouvés, témoigne d'un brassage culturel étonnant. Les bouddhistes virent défiler les nestoriens, les manichéens et les zoroastriens, tout en vivant au contact quotidien des taoïstes et des confucéens. On a même retrouvé une prière d'indulgence en hébreu, sans doute portée par un voyageur juif en provenance de Perse ou d'Afghanistan. Le moine Xuanzang revenant d'Inde chargé de reliques et de plus de 650 sûtras en sanscrit et en pali qu'il allait traduire séjourna à Dunhuang où il fut accueilli par les émissaires impériaux. La communauté de colons chinois y introduisit ses valeurs culturelles et éducatives. Les conditions économiques furent très favorables au bouddhisme, les temples étant notamment exemptés d'impôts et largement pourvus par les dons des fidèles, ce qui permit l'accumulation des richesses, et explique la profusion artistique de Dunhuang. L'art du trait y était omniprésent: outre les multiples copies de textes sacrés, les dessins couvraient les fresques, les plafonds, les piliers, les autels, mais aussi les bannières, les peintures qui s'accrochent au mur ou se déroulent lentement, et ornaient encore les rouleaux ou les livrets.

Un lieu à l'abri des persécutions
Du fait de son isolement géographique et de son occupation par les forces tibétaines, le site fut préservé de la persécution contre le bouddhisme qui atteignit son paroxysme en 845, lorsqu'un édit impérial imposa la destruction de 40 000 temples de Chine centrale et le retour à la laïcité de plusieurs centaines de milliers de religieux.
 

 

La découverte de la grotte 17
À l'extrême fin du XIXe siècle survint un événement dont tout archéologue a sans doute rêvé un jour. Le prêtre taoïste Wang Yuanlu, gardien du site, découvrit fortuitement une grotte qui avait été scellée au début du XIe siècle (entre 1002 et 1006, en 1027 ou en 1035 selon les différentes hypothèses) puis oubliée. Dans cet espace de dimension réduite, plusieurs dizaines de milliers de rouleaux manuscrits et quelques imprimés sur papier, ainsi qu'environ 300 bannières sur soie se trouvaient entassés. Beaucoup étaient dans un état de préservation remarquable dû au climat aride de cette région, à proximité du désert de Gobi au nord-est, du Taklamakan et du bassin du Tarim plus à l'ouest. Il ne s'agissait pas d'une bibliothèque mais du dépôt d'un certain nombre de collections monastiques, qui conservaient aussi des documents séculiers de toute nature constituant un ensemble d'archives d'une valeur inestimable. Cette grotte, qui porte le numéro 17, creusée entre 851 et 862, avait servi de cellule de méditation au moine Hong Bian. La raison pour laquelle elle devint une salle de stockage continue à faire l'objet d'hypothèses. Les documents y auraient été mis à l'abri soit au moment où les Khotanais se sentirent en péril vers 1002-1006, soit lorsque Dunhuang fut menacé d'une invasion par les Ouïgours en 1027 ou les Xixia en 1035, à moins qu'ils n'aient été simplement mis au rebut au fur et à mesure qu'ils n'étaient plus utilisés, à partir de la première moitié du Xe siècle. En effet, beaucoup sont incomplets; souvent manque le début qui est la partie la plus exposée et la plus fragilisée. Au fil du temps, les rouleaux usés et les versions obsolètes étaient remplacés par d'autres exemplaires manuscrits ou imprimés. Ne pouvant être jetés ou détruits en raison de leur caractère sacré, ils auraient été entassés dans ce lieu saint. Le plus ancien daterait de 270, le plus récent du début de 1002.
 

  Une source inestimable d'information sur la Chine médiévale
En préservant bon nombre de documents perdus au cours des âges et d'humbles vestiges qui ne sont habituellement pas transmis, cette découverte exceptionnelle a révélé des pans inconnus de l'histoire médiévale de la Chine. Au début du XXe siècle, l'Asie centrale était le terrain de prédilection des missions d'exploration européennes. L'une d'entre elles, dirigée par le sinologue Paul Pelliot (1878-1945), acquit une partie de la collection de la grotte n° 17 et la rapporta à la Bibliothèque nationale où elle fut enregistrée en 1910 et répartie dans différents fonds tels que Pelliot chinois, Pelliot tibétain et autres. Le reste est actuellement conservé dans différents musées et bibliothèques à Paris (musée Guimet), Londres, Saint-Pétersbourg, New Delhi, Pékin, Shanghai, Tianjin, ainsi qu'au Japon.

> lire le récit de la découverte des manuscrits de Dunhuang
   par Paul Pelliot
> images de la mission Pelliot
> images des grottes aujourd'hui

> The International Dunhuang Project: The Silk Road Online
   http://idp.bl.uk/