Préface au Pavillon des orchidées
  
Auteur : Wang Xizhi
Copiste : anonyme
Dynastie des Tang, fin VIIIe siècle
Rouleau manuscrit incomplet, de 15 feuilles de papier ; 24 caractères par colonne
28,4 x 204 cm
BNF, Manuscrits orientaux, Pelliot chinois 2544

L'Introduction au Pavillon des orchidées est la pièce la plus célèbre de Wang Xizhi. Écrite en 353, elle raconte une soirée idyllique à la campagne réunissant au début du printemps, le 22 avril 353 très exactement, le prince des calligraphes et quarante et un de ses amis poètes et lettrés en l'honneur de la fête de la purification. Dans le décor enchanteur d'un jardin chinois, les amis s'installent au bord de la rivière et mettent à flotter, sur des feuilles de lotus, de petites coupes de vin. Lorsque l'une d'elles s'arrêtait en face de l'un d'entre eux, il était tenu de composer un poème. Tous n'y réussirent pas, mais tous burent trois coupes d'alcool, est-il écrit au début du rouleau. À l'issue de cette joute poétique, Wang voulut immortaliser le souvenir de cette journée mémorable en réunissant les différents poèmes. Sous l'effet d'une inspiration particulière, il composa d'un seul jet la préface à l'anthologie des trente-sept poèmes (presque tous aujourd'hui tombés dans l'oubli). On raconte qu'il essaya à plus de cent reprises, quelques jours plus tard, de reproduire sa propre calligraphie mais qu'il ne parvint jamais à retrouver l'élan inspiré de ce moment d'ivresse.
Le texte se divise en deux parties : la première évoque la beauté radieuse d'une journée entre amis :
"Ce jour-là, le ciel était clair et l'air pur, un vent doux soufflait paisiblement. Levant la tête, on contemplait l'immensité de l'univers, se baissant, on examinait l'abondance des variétés et des espèces et ce qui faisait courir les yeux et errer les sens suffisait pour porter à l'extrême la joie de voir et d'entendre. Vraiment on pouvait y prendre du plaisir."
La deuxième partie suggère avec mélancolie le caractère éphémère de l'existence :
"Mais lorsque ce vers quoi les hommes tendaient les fatigue déjà, le sentiment, suivant les événements, change et la déception le suit. Ce qui nous plaisait auparavant en un clin d'œil n'est plus qu'un vestige, qu'une trace [...] Comment ne serait-ce pas douloureux !"
Ce texte exerça une véritable fascination sur des générations successives de calligraphes, et l'empereur Tang Taizong, lui-même adonné à l'art calligraphique, aurait, dit-on, demandé à être enterré avec cette œuvre - légende ou réalité on ne sait -, mais la préface originelle unanimement louée pour la liberté inspirée de son écriture courante (xingshu) est perdue depuis longtemps. La copie anonyme qui est ici présentée n'en restitue pas l'élan. Elle est en revanche représentative d'une pratique éducative largement répandue s'appuyant sur le contenu du texte appris par cœur comme une poésie.