Préface des saints enseignements compilée avec les caractères de Wang Xizhi
  
Auteurs : empereur Tang Taizong en 648 ; moine Xuanzang; empereur Tang Gaozong
Calligraphe : montage par Huai Ren copié de la calligraphie de Wang Xizhi (303-361)
Début XXe siècle ?
Estampage découpé et monté en album ; 10 caractères par colonne
30,7 cm x 17,5 cm
BNF, Manuscrits orientaux, Pelliot B 1604

L'empereur Tang Taizong n'était sans doute pas le dévot bouddhiste que certains adeptes de cette religion ont voulu laisser croire. Il éprouva néanmoins un grand intérêt pour le moine Xuanzang parti en Inde en 629, et qui revint en Chine en 645 chargé de sûtras bouddhiques dont il entreprit la traduction. En 648, l'empereur Taizong écrivit une préface aux Saints enseignements faisant l'éloge des travaux de Xuanzang.
L'empereur Gaozong (r. 649-683) ordonna à un descendant de Wang Xizhi, un moine calligraphe du nom de Huai Ren, du monastère Hongfusi, de retrouver chacun des caractères composant le texte de la Préface des saints enseignements dans les œuvres conservées de son illustre aïeul - cet assemblage nécessita vingt ans d'effort. Ayant fidèlement recopié les caractères, il retranscrit le texte impérial avec les graphies anciennes récupérées sur différents textes, comme si le prince des calligraphes l'avait composé lui-même. Ce texte recomposé fut gravé en 672. Il a été préservé sur une imposante stèle de 3,50 mètres de haut sur un mètre de large, qui est actuellement conservée à la Forêt des stèles de Xi'an ; son tracé fut soigneusement reporté par Zhuge Shenli sur une dalle de pierre puis gravé par Zhu Jingcang, sans doute deux des meilleurs artisans de l'empire.
Loin de le considérer comme un pastiche portant atteinte à l'intégrité de l'œuvre originale si vénérée, ou comme une falsification trahissant les convictions du maître calligraphe du IVe siècle, dont on sait qu'il était adepte du taoïsme, et sans choquer non plus par l'anachronisme de l'ensemble, ce "vrai faux" a acquis une notoriété remarquable, servant de référence auprès de tous les calligraphes, au point qu'on le considère comme la plus longue des pièces autographes de Wang Xizhi. Elle réunit beaucoup de caractères absents de la Préface au Pavillon des orchidées. Cette recomposition est l'une des premières gravures sur pierre d'une calligraphie à des fins esthétiques et l'une des plus anciennes à servir de modèle. Son succès ne s'est jamais démenti, comme en témoigne l'album présenté ici provenant d'une regravure. Pour la commodité des amateurs, les colonnes de texte ont été découpées en bandelettes et remontées au format d'un livre.