Série de croquis bouddhiques au verso d'un long rouleau du VIIIe siècle
  
Fin des Tang ou Cinq Dynasties, Xe siècle ?
Dessins à l'encre au verso d'un rouleau manuscrit sur 9 feuilles de papier
23,4 x 446 cm
BNF, Manuscrits orientaux, Pelliot chinois 2002 v

Sans doute ce rouleau d'un texte taoïque, copié sur un beau papier teinté à l'orpiment dans une gracieuse écriture du début des Tang, échappa-t-il de justesse aux flammes comme le montrent les traces de brûlures régulièrement espacées sur l'un des côtés. Cette copie endommagée, qui pourrait dater du VIIIe siècle, retirée de la bibliothèque monastique où elle devait être conservée, fut récupérée par un atelier de peinture bouddhique pour servir de brouillon. À une époque de pénurie de papier, lorsque Dunhuang était coupé de la Chine centrale, de nombreux versos de rouleaux furent réutilisés pour des usages sans rapport avec les textes inscrits au recto.
Ce rouleau de quatre mètres et demi est couvert de superbes croquis à l'encre noire, la plupart bouddhiques et les deux faces portent, à la fin, l'amorce de dessins à l'encre rouge. Ce document, qu'on pourrait qualifier de "carnet de peintre", montre la maîtrise des artistes de Dunhuang. Toutefois, la nature diverse des figures prouve qu'elles sont de plusieurs mains. Il semble qu'on puisse distinguer la participation de trois personnes : d'abord d'un artiste confirmé, dont les esquisses exécutées d'un trait sûr et pratiquement sans repentirs présentent des compositions qui, à la coloration près, sont déjà des œuvres achevées ; un artiste plus ordinaire a dessiné des séries de personnages en habits et coiffes de fonctionnaires ainsi que plusieurs femmes ; enfin, un certain Yu, peut-être un écolier facétieux, fut probablement le dernier à laisser courir librement son pinceau sur le rouleau, calligraphe et dessinateur médiocre, peu respectueux de ses aînés, on peut lui attribuer quelques caractères au recto ainsi qu'un dessin de cheval très enfantin et des graffitis qui défigurent certains visages esquissés.