Deux esquisses de Vaisravana, le roi gardien du Nord
  
Fin de la dynastie des Tang ou Cinq Dynasties, IXe-Xe siècle
Une esquisse verticale sur papier collé sur une autre feuille horizontale
75,3 x 28,5 cm
BNF, Manuscrits orientaux, Pelliot chinois 5018 (1-2)

Deux esquisses, l'une horizontale et l'autre verticale, sont raccordées d'origine. Elles représentent toutes deux un devaraja, roi céleste bouddhique, en l'occurrence le plus important d'entre eux, Vaisravana (ou Pishamen de son nom chinois), qui protège le royaume du Nord. Vénéré en tant que divinité guerrière, Vaisravana apporte la victoire à ceux qui savent implorer son secours comme cela fut le cas en l'an 742. Le moine Amoghavajra (705-774), connu pour ses talents magiques, l'invoqua à la demande de l'empereur, ce qui permit à la ville d'Anxi, d'être sauvée de l'attaque des Tibétains, des Arabes et des Sogdiens. Pour commémorer l'événement : "Un édit impérial ordonna à tous les fonctionnaires provinciaux de faire placer à l'angle nord-ouest des villes des images de Vaisravana et de ses assistants, et à tous les monastères bouddhiques de lui consacrer un édifice spécial ; [et depuis lors, ajoute ce texte qui date du Xe siècle] il est d'usage de faire des offrandes à Vaisravana, le premier jour de chaque lune, en exécutant des chants et des danses : c'est ce qu'on appelle "réjouir le Dieu-Roi"."
La première esquisse montre une composition connue sous le nom de "Vaisravana franchissant l'océan". L'air farouche, revêtu de son armure, Vaisravana s'avance, une hallebarde à la main, menant une troupe de personnages démoniaques qu'il domine de sa haute stature. Ce dessin minutieusement exécuté montre tous les détails de la cuirasse, notamment les médaillons et le ceinturon ainsi que la couronne. La hallebarde constitue un axe diagonal qui divise l'image en deux parties égales. En s'appuyant sur l'iconographie propre à ce personnage, on devine, malgré la lacune du papier, qu'il soutient de sa main gauche le stûpa, cette tour votive symbolisant le bouddhisme dont il est le défenseur. Vaisravana est suivi d'une cohorte d'acolytes, aux têtes humaines ou animales, dont le rendu est moins soigné ; on reconnaît, parmi eux, ses fils, un vieillard nommé Vasu et un yaksa à tête de sanglier.