Sûtra des noms des mille bouddhas
  
Traducteur : inconnu, VIe siècle ?
Dynastie des Tang, VIIIe siècle
Rouleau composé de 14 feuilles suivies de 6 feuilles de papier montées sur une feuille de restauration présentant au total 597 colonnes ; 17 à 20 caractères par colonne ; restauré au Xe siècle
26,5 x 801,5 cm
BNF, Manuscrits orientaux, Pelliot chinois 4639

L'image pieuse bouddhique est d'une grande diversité, allant de la peinture très élaborée à la représentation réduite à sa plus simple expression, comme c'est le cas ici.
Dans ce manuscrit, les bouddhas de petite dimension - chaque figure mesure moins de cinq centimètres -, assis en méditation sur un lotus, vêtus de la robe monastique qui leur couvre les épaules et dissimule les mains et les pieds, laissant seulement apparaître le pan rejeté du vêtement noué, auréolés et nimbés, sont identiques à ceux qui couvrent les murs de nombreuses grottes. Le concept de la multiplication des bouddhas, déjà présent dans les textes les plus anciens, est devenu un des motifs les plus communs de cet art religieux. Mais ces séries d'effigies stéréotypées, multipliées à des centaines ou à des milliers d'exemplaires, ne forment pas seulement un ornement, elles servent aussi de support de méditation et constituent un élément liturgique en rapport avec la cérémonie de récitation du Sûtra des noms du bouddha. Ces images ont également été dupliquées dans ce qu'il est convenu d'appeler les "rouleaux aux mille bouddhas". Ce chiffre trop modeste ne rend pas compte de la réalité de ces rouleaux imprimés où figure à plusieurs milliers d'exemplaires la même image pieuse, apposée à l'aide d'un sceau encré en noir ou rouge au cours de cérémonies rituelles.
L'examen du dessin et du texte de ce manuscrit montre que la litanie des noms a d'abord été inscrite et que les effigies ont été rajoutées, le peintre empiétant parfois sur un caractère, ou le recouvrant de peinture. De même, à certains endroits, tous les pétales du trône n'ont pu être dessinés faute de place laissée par le copiste. Les vignettes, aux couleurs encore très fraîches, sont presque aussi régulières que celles des rouleaux imprimés. Les nimbes circulaires pourraient avoir été tracés avec un instrument.
Malgré le caractère répétitif de l'illustration, l'attention est soutenue par une polychromie variant selon un rythme précis. En dépit de son apparente simplicité, la coloration est soignée ; l'usage de tons chauds, orange et rouge, pour les nimbes suggère l'intensité du rayonnement des saints personnages et l'aspect de cette multitude d'images est finalement plus plaisant que monotone.
Au cours de cérémonies de confession publique très ritualisées, les bouddhistes invoquaient ces cohortes de bodhisattvas sauveurs en les nommant individuellement. Ce rouleau se présente comme un aide-mémoire destiné à la récitation d'une litanie difficile à mémoriser. Parmi les différents Sûtra des noms de bouddhas, celui-ci a, en effet, un rapport direct avec le rituel de contrition consistant à égrener les noms de bouddhas ; cette litanie devait laver l'adepte de ses péchés. Dans son intégralité, ce Sûtra des noms des mille bouddhas de l'actuelle bonne période inclut mille noms rangés par groupe de cent ; il fut réuni en une trilogie qui comprenait aussi les sûtras des noms de bouddhas du passé ainsi que ceux du futur ; l'emploi de très vives couleurs et de gros caractères destinait, semble-t-il, ce rouleau à un usage collectif. Sa lecture pouvait être psalmodiée par tout un groupe d'individus à une certaine distance ou dans la pénombre.