Tableaux du labourage et du tissage
L'offrande de remerciements. Le tavellage
  
Auteur et calligraphe : Qing Shengzu Xuanye (empereur Kangxi, r. 1661-1722)
Illustrations d'après les peintures de Jiao Bingzhen
Graveur : Zhu Gui
Dynastie des Qing, 1696
Pékin, Presses impériales du Wuyingdian
Édition xylographique illustrée, rehaussée de couleurs
volume : 34,5 x 28 cm ; relié en accordéon entre deux ais de bois précieux
BNF, Manuscrits orientaux, Smith-Lesouëf chinois 69

La culture du riz et le tissage de la soie furent les deux activités essentielles de la Chine traditionnelle. Les textes de l'Antiquité rappellent que la mission du gouvernement est de veiller au bon ordre de ces activités, aussi l'empereur était-il chargé de protéger l'agriculture et ouvrait lui-même en grande pompe le premier sillon de l'année. L'impératrice, de son côté, s'occupait du déroulement des activités de la soie qui consistaient en la cueillette des feuilles de mûrier, l'élevage des vers, le filage et le tissage, et participait de même à la célébration des rites annuels. Kangxi, ayant reçu en cadeau, à l'occasion d'une de ses tournées dans le Sud en 1689, un exemplaire original de l'ouvrage perdu d'un artiste nommé Lou Shu (1137-1213) qui retraçait chaque étape de ces deux activités en texte et en images, conçut l'idée de renouveler le thème et confia la réalisation des illustrations au peintre de cour Jiao Bingzhen. Ce dernier, qui appartenait au Bureau des peintures et à celui des mathématiques et de l'astronomie, avait appris des jésuites qu'il y côtoyait les règles de la perspective européenne. Kangxi, qui faisait preuve d'une insatiable curiosité pour les techniques occidentales, ne fut sans doute pas insensible aux nouveaux talents de son peintre et le choisit peut-être pour cette raison. De son côté, l'empereur, qui s'intéressait personnellement aux techniques agricoles et était un amateur passionné de calligraphie qu'il pratiquait tous les jours et un poète à ses heures, composa deux séries de vingt-trois quatrains, correspondant au nombre de planches illustrant les deux secteurs d'activité. Ces compositions qu'il copia de son pinceau furent placées en bandeau au-dessus de chaque peinture, selon une mise en page peu habituelle aux albums, généralement constitués de planches en vis-à-vis portant à droite l'illustration et à gauche le texte d'accompagnement.
La préface impériale est datée du deuxième mois de l'année 1696, au jour de la cérémonie de sacrifice aux esprits du sol. Chacune des opérations est mise en image de manière aussi précise que possible, qu'il s'agisse de la culture du riz ou des travaux de la soie, dans des peintures qui se veulent didactiques mais ne sont pas dénuées de charme et de délicatesse. On remarque la symétrie entre les activités dévolues aux hommes, d'une part, et aux femmes, d'autre part, dont on note qu'elles participent activement et en toute parité aux activités économiques du pays.
En mettant l'accent sur les occupations les plus importantes auxquelles doit se livrer la population, qui ne peuvent se dérouler qu'en temps de paix, avec l'assentiment de la puissance céleste et en respectant l'ordre voulu par la nature, l'ouvrage dresse un tableau idyllique d'une société bien ordonnée.