Sûtra de Guanyin
 
Traducteur : Kumarajiva (344 ou 350-413)
Dynastie des Tang, non daté, VIIIe siècle.
Fragment de rouleau sur 3 feuilles de papier violet pourpre, calligraphié à l'encre d'or ; 17 caractères par colonne de texte 20 caractères par colonne pour les gatha.
24,5 x 96 cm.
Dunhuang. Mission Pelliot, 26 avril 1910.
BNF, Manuscrits orientaux, Pelliot chinois 4511

De cette copie votive précieuse, calligraphiée à l'encre d'or sur papier teint à l'origine en bleu très foncé, il ne reste que 64 colonnes entières ou partielles de texte, ainsi que la colonne finale du titre. Le papier de ces 3 feuillets, décoloré, a pris une teinte violet pourpre et l'or est effacé par endroits. La 5e colonne avant la fin est partiellement écrite à l'encre noire, ce qui laisse supposer qu'endommagé très tôt, il ait pu être réparé avant le Xe siècle. Le texte est disposé en colonnes de 17 caractères pour le texte, et de 20 caractères pour les parties versifiées groupées en quatre vers de cinq mots, selon une disposition traditionnelle. Les marges et la réglure ont été tracées à l'encre noire. Les coins du dernier feuillet coupés en biais devaient s'enrouler autour d'un bâton de roulage, fait d'un matériau sans doute précieux, qui a disparu. Cette offrande coûteuse fut probablement offerte par un personnage de haut rang.
La belle écriture soignée se caractérise par des attaques dites "en forme de clou" ou "en lame qui dépasse". Le calligraphe commence son trait de la fine pointe du pinceau puis intensifie la pression pour former la suite. Dans la régulière classique, il cherche au contraire à masquer ce mouvement naturel par une manœuvre : il pose la pointe du pinceau, amorce le trait en intensifiant la pression puis, par une virevolte brusque, repasse et englobe cette marque première dans un mouvement continu. Il est désormais capable d'assurer une épaisseur constante au trait et de donner un aspect plus arrondi à l'ensemble.
La couleur du papier et la nature de l'encre font de cette copie du Sûtra de Guanyin un rouleau d'offrande possédant, outre sa qualité d'œuvre de dévotion, une valeur monétaire qui le destine à être conservé dans le trésor d'un temple bien plus qu'à servir à l'usage monastique courant. La religion bouddhique reposant sur un vaste corpus scripturaire, les monastères étaient dotés d'importantes bibliothèques dont certains manuscrits de Dunhuang conservent les fiches de récolement. Un inventaire préservé du monastère Longxing de Dunhuang, constitué sans doute par les offrandes des fidèles, a révélé la présence de 83 bannières tracées à l'encre d'argent.
Le très court Sûtra de Guanyin, 25e chapitre du Sûtra du lotus, connut une grande popularité et circula comme un texte indépendant. Il n'est pas inconcevable de penser qu'à l'origine, le rouleau complet s'ouvrait par un frontispice représentant le bodhisattva Guanyin.