Guanyin jing yi juan. Sûtra de Guanyin en un chapitre juan 7, pin XXV du Miaofa lianhua jing, Sûtra du lotus.
 
T 262, vol. 9. Traducteur : Kumarajiva (344-413).
Cinq Dynasties, Xe siècle. Rouleau manuscrit à peintures incomplet de 5 et 13 feuilles de papier, illustré à l'encre rehaussée de couleurs ; texte de 9 à 12 caractères par colonne.
27 à 28 x 644 cm (fragments de 42 et 602 cm).
Dunhuang. Mission Pelliot, 26 avril 1910.
BNF, Manuscrits orientaux, Pelliot chinois 4513 et 2010
 
Détaché du Sûtra du lotus, le pin XXV a circulé sous une forme indépendante. Ce texte connaît encore aujourd'hui une immense popularité et continue d'être récité quotidiennement dans tout le monde bouddhique. Certaines descriptions édifiantes très concrètes qu'il contient se prêtent parfaitement à une illustration didactique compréhensible par tous et expliquent qu'il ait été souvent illustré. Loin d'être savant, élitiste et obscur, ce Sûtra de Guanyin –- le bodhisattva qui permet d'échapper aux périls –, cherche à toucher le plus grand nombre, fonctionnaires, marchands, hommes et femmes. Très différent de la représentation de la figure salvatrice du bodhisattva qui tourne ses regards vers les appels du monde ce rouleau montre une autre manifestation extrême de la compassion de Guanyin.
Ce bodhisattva protecteur a le pouvoir d'abolir le danger, quelles qu'en soient les causes et les circonstances. Il ouvre toutes grandes les portes du salut universel à quiconque lui adresse une prière sincère, fût-elle la plus simple : la seule formulation de son nom est capable de provoquer des miracles. La simplicité de la formule incantatoire explique sans doute le succès de ce sûtra du bodhisattva secourable à tous et en toutes circonstances.
Le texte énumère les situations critiques de l'existence, notamment les périls qui guettent les voyageurs et les caravanes de marchands circulant dans un lieu infesté de bandits malfaisants qui pouvaient menacer les individus vivant dans cette région du monde au Xe siècle. Parmi les périls possibles, on note celui d'être assailli par des créatures surnaturelles, des bêtes féroces et des serpents qui tuent d'un simple regard.
Le registre supérieur présente une illustration séparée par une ligne horizontale du texte porté en dessous, calligraphié dans une écriture régulière, maladroite, rigide, qui pourrait avoir été exécutée au calame.
Le récit sans continuité alterne stances et prose, évoque les dangers et leur remède, à la manière d'un catalogue. On note la fréquence de la conjonction ruo, "si", qui introduit de nombreux paragraphes. "Si un homme venait à être précipité dans une fosse pleine d'eau par un être méchant qui voudrait le détruire, il n'a qu'à se souvenir d'Avalokitesvara [Guanyin], et le feu s'éteindra comme s'il était arrosé d'eau. Si un homme venait à tomber dans l'océan redoutable, qui est la demeure des Nâgas, des monstres marins et des Asuras, qu'il se souvienne d'Avalokitesvara [Guanyin] qui est le roi des habitants des mers, et il n'enfoncera jamais dans l'eau. Si un homme venait à être précipité du haut du Méru par un être méchant qui voudrait le détruire, il n'y a qu'à se souvenir d'Avalokitesvara [Guanyin] qui est semblable au soleil, et il se soutiendra, sans tomber, au milieu du ciel. Si des montagnes de diamant venaient à se précipiter sur la tête d'un homme pour le détruire, qu'il se souvienne d'Avalokitesvara [Guanyin], et ces montagnes ne pourront lui enlever un poil du corps. Si un homme est entouré par une troupe d'ennemis, armés de leurs épées et ne songeant qu'à le détruire, il n'a qu'à se souvenir d'Avalokitesvara [Guanyin], pour qu'en un instant ses ennemis conçoivent en sa faveur des pensées de bienveillance. Si quelqu'un, s'étant approché d'un lieu d'exécution, venait à tomber entre les mains du bourreau, il n'a qu'a se souvenir d'Avalokitesvara [Guanyin], pour que le glaive de l'exécuteur se brise en mille pièces [.] Si un homme est environné de bêtes féroces et d'animaux sauvages, terribles, armés de défenses et d'ongles aigus, qu'il se souvienne d'Avalokitesvara [Guanyin], et ces animaux se disperseront aussitôt dans les dix points de l'espace. Si un homme se trouve entouré de reptiles d'un aspect terrible, lançant le poison par les yeux, et répandant autour d'eux un éclat semblable à la flamme, il n'aura qu'à se souvenir d'Avalokitesvara [Guanyin], et ces animaux seront dépouillés de leur poison."
Nous voyons ici un exemple rare de rouleau bouddhique du Xe siècle destiné à la conversion des âmes et à l'édification des gens ordinaires. L'œuvre est destinée à un large public, peut-être illettré : l'iconographie se veut concise, frappante, démonstrative ; le style est volontairement populaire.
Le registre illustré occupe plus du tiers de la feuille. Au début du rouleau, les images sont nettement contenues dans des cadres entre lesquels a été laissé un espace vide ; ces "fenêtres", mesurant entre 9 et 24 centimètres, isolent des scènes précises ; dans la suite du rouleau, les personnages débordent vers le haut tandis que les marges latérales font place à un bandeau continu. Cette disparité de traitement laisse penser que deux illustrateurs ont pu se relayer.
La palette du peintre privilégie les tons chauds, comme dans le rouleau du Sûtra des noms de bouddhas de l'orangé au rouge et au magenta, avec des contrastes puissants de vert et de bleu intense. La silhouette générale de Guanyin n'est pas très éloignée des figures de la liste d'invocation des noms de bouddhas, mais ici elle s'anime, notamment par la gestuelle symbolique. Les gens ordinaires représentés ne sont pas sans rappeler les petits personnages ébauchés au trait noir sur le verso d'un rouleau d'esquisses. La technique picturale y est la même, mais la structure linéaire a été complétée par l'apposition de larges aplats de couleurs franches qui ont conservé leur vivacité.