L'écriture repose
sur une convention permettant à un groupe d'échanger
des messages, lisibles pour les seuls membres du groupe.
Accessible aux initiés, cachée pour tous les
autres, l'écriture travaille parfois à renforcer
l'obscurité de son message, pour jouer ou parce qu'elle
le destine à quelques-uns, voire aux dieux seuls. Son
illisibilité est la condition même de son pouvoir
spirituel ou magique. Ainsi, dans la tradition chinoise, de
ces amulettes taoïstes démonifuges dont la graphie
doit être suffisamment altérée pour n'être
plus compréhensible que par les démons qu'elles
visent à chasser...
En Chine, les rapports sociaux et familiaux sont régis
par des rites rigoureux qui fixent de manière très
codifiée les relations entre les groupes ou à
l'intérieur d'un même groupe. Dans ce contexte,
l'expression du message dans sa forme comme dans son fond
est totalement conditionnée par le statut social du
destinataire et de l'émetteur : le souhait d'enrichissement,
yi ben wan li, "un de mise, dix de bénéfice !",
destiné à un commerçant, ne saurait être
écrit en style sigillaire, calligraphie archaïsante
réservée pour des messages à caractère
culturel adressés à des lettrés.
F.T.
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